Comment lutter contre l’exclusion

Travail : les pistes de Simon Wuhl
Le socio-économiste Simon Wuhl était l’invité de la  » Liberté de l’esprit « , jeudi soir au Chapeau-Rouge, pour une conférence sur  » les exclus face à l’emploi « , devant 150 personnes. Du chômage à l’exclusion, la précarisation grandissante ne peut-elle déboucher sur une nouvelle organisation du travail ?

La cause est entendue : la lutte contre le chômage passe contre le rétablissement de la situation économique que la France a connue lors de ses fameuses  » trente glorieuses « . Mais cet âge d’or ne semble pas disposé à revenir, puisque l’amplification des programmes d’insertion n’a que peu d’effet sur le processus d’exclusion économique d’une partie des chômeurs. La France se trouve en première ligne des pays développés pour le chômage, alors que des pays qui ont rompu avec la division du travail ignorent le chômage de longue durée.

Enkystement

Exclusion inéluctable ?  » La situation des jeunes qui alternent entre petits boulots et stages manifeste un enkystement dans le chômage, souligne Simon Wulh. Il est possible et urgent de penser une stratégie : un tiers des chômeurs longue durée inscrits à l’ANPE risquent l’exclusion définitive. Il existe trois moyens : l’insertion en situation de travail quand l’entreprise a besoin de main d’oeuvre, une évolution vers une organisation du travail moins taylorienne, et une diminution du temps de travail avec une semaine de quatre jours.  »

La seconde piste de travail est très sérieusement étudiée par les socio-économistes. Ils constatent en effet que les pays comme le Japon, la Suède ou l’Autriche où le chômage est le plus faible sont ceux qui ont rompu avec le modèle de Taylor et Ford. On passerait ainsi d’une organisation du travail  » où le travail vivant était perturbateur, à une rationalisation où il est reconnu pour sa qualité « , affirment deux sociologues allemands. Et, complète Simon Wuhl,  » la réduction des effectifs entraîne une perte des potentiels importants de productivité. Il existe des savoir-faire individuels et collectifs absolument nécessaires au bon fonctionnement de la production. L’élimination d’une partie de la main d’oeuvre est un gâchis pour l’entreprise.  »

Nécessaire sécurité

Le recours systématique au chômage pour s’adapter aux aléas de la conjoncture est donc un non-sens pour l’entreprise. Elle se prive d’un capital d’expériences, et, disposant d’une confortable réserve de chômeurs, néglige l’innovation et la recherche de nouvelles formes d’organisation. Les entreprises ne peuvent se développer sans une gestion prévoyante des ressources créatives : C’est vrai du point de vue de l’humanisme socila, mais surtout en terme d’efficacité et d’innovation.

Une enquête du Massassuchets Institute of Technology montre ainsi que  » pour innover dans de bonnes conditions, pour obtenir une forte participation des travailleurs à la production, une certaine sécurité économique s’avère nécessaire. Le modèle productif qui réussit n’est pas celui du chômage et de l’exclusion.  »

Le coût social du chômage est une autre donnée : 100 milliards de francs d’aide à l’emploi en 1990 en France. A rapprocher de la pénurie d’une main d’oeuvre qualifiée devenue introuvable : 38% des entreprises éprouvent des difficultés à trouver du personnel qualifié.

Quels remèdes ? Le décloisonnement des qualifications au sein de l’entreprise, permettant à chacun d’y évoluer de façon motivante, avec une intervention forte de l’État en faveur du droit fondamental au travail.

La réduction du temps de travail ? Le processus est une donnée inéluctable, puisque en un siècle et demi, la durée du temps de travail a été divisée par deux dans l’entreprise. La concertation est bloquée depuis 1982. Depuis, le débat s’en enrichi : on ne parle pas de semaine de quatre jours sans mettre sur la table un autre chantier : celui d’une autre organisation du travail. Moins de différence entre exécutants et concepteurs, moins de lignes hiérarchiques, plus d’équipes polyvalentes, plus de souplesse devant les aléas conjoncturels. Cette perspective de solidarité concrète entre travailleurs et chômeurs débouche ainsi sur une autre façon de concevoir le travail. Et le temps libre.

Simon WUHL

Sociologue

La conférence

Hôtel Mercure Quimper

Hôtel Mercure Quimper

21 Bis Avenue de la Gare
29000 Quimper

AVEC LE SOUTIEN DE
TARIFS
  • Prix public : 8 €

  • Adhérents : 6 €

  • Étudiants : gratuit

En savoir +

L’invité d’Hubert Coudurier : Bernard Poignant

L’ancien maire de Quimper et conseiller de François Hollande Bernard Poignant était le 12 septembre 2019 l’invité d’Hubert Coudurier sur Tébéo. Il y défend notamment le bilan de l’ancien président de la république.

En savoir +

Héritiers de l’avenir : Bernard Poignant

Bernard Poignant revient dans cet entretien du 25 juin 2021 pour la Fondation Jean Jaurès sur son parcours politique.

Leave A Comment

La newsletter de l'association : l'info vient à vous !
Recevez régulièrement par email l'actualité de l'association

* Champ obligatoire

Les informations recueillies à partir de ce formulaire font l'objet d'un traitement par l'association pour répondre à votre demande d'inscription à la lettre électronique de la Liberté de l'esprit. Les destinataires des données sont les membres du Bureau de l'association. Les données collectées sont uniquement destinées à un usage interne et ne sont en aucun cas cédées ou vendues à des tiers. Ces données seront conservées jusqu'à votre désinscription, après quoi elles seront définitivement supprimées. Conformément à la loi n° 78-17 "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez à tout moment pour les données à caractère personnel vous concernant et dans les conditions prévues par la loi, de droits d'accès, de rectification, d'opposition pour des motifs légitimes, à l'effacement de vos données, à la limitation du traitement vous concernant, d'introduire une réclamation auprès de la CNIL ainsi que du droit à communiquer des instructions sur le sort de vos données en cas de décès. Vous pouvez exercer ces droits en vous adressant au Président de l'association "la Liberté de l'esprit" - boîte à lettres n°65, 1 allée Mgr Jean-René Calloc’h, 29000 Quimper. Vous pouvez changer d'avis à tout moment en cliquant sur le lien Se désinscrire situé dans le pied de page de tout e-mail que vous recevez de notre part. Nous traiterons vos informations avec respect. Pour plus d'informations sur nos pratiques de confidentialité, veuillez visiter notre site Web. En cochant la case Je confirme mon inscription à la newsletter de la Liberté de l'esprit, vous acceptez que nous puissions traiter vos informations conformément à ces termes. Pour en savoir plus, consultez vos droits sur le site de la CNIL : www.cnil.fr/fr/les-droits-pour-maitriser-vos-donnees-personnelles.
Sommaire
Lire aussi...