L’humanitaire est-il une politique ?

Les dérives de l’humanitaire
 » Avec l’écran des bons sentiments, on escamote le débat politique sur l’aide humanitaire.  » Jeudi soir, au Chapeau-Rouge, Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, a fustigé avec force le  » sentimentalisme humanitaire « . Sa fougue, son brio et la clarté de son analyse ont littéralement subjugué les 300 auditeurs.

Invité par la Liberté de l’esprit, Rony Brauman a clairement exposé son  » credo  » humanitaire qui le situe aux antipodes du  » droit d’ingérence  » revendiqué par Bernard Krouchner.

 » L’action humanitaire doit reposer sur le principe fondamental de l’indépendance politique. Mais aujourd’hui, les États utilisent à leurs propres fins le capital de sympathie dont bénéficie l’aide humanitaire. Il faut mettre fin à cet impérialisme politico-humanitaire qui défile sous la bannière des droits de l’homme.  »

Dénonçant ce dangereux mélange des genres, Rony Brauman en a aussi expliqué les origines.

 » La guerre du Biafra et la catastrophe du Bangladesh qui sont à l’origine de la création de Médecins Sans Frontières présentaient déjà ces ambiguités ou ces dérives manifestes aujourd’hui.  »

Au Biafra, par exemple, note Rony Brauman, l’humanitaire a peu à peu pris la place du politique.  » La politique s’est habillée en blouses blanches. Pour la première fois dans l’histoire, on a utilisé l’aide humanitaire comme substitut de l’action politique. La médiatisation de l’horreur a permis d’utiliser la victime – l’enfant affamé – pour provoquer une réaction sentimentale récupérée politiquement.  »

Confusion identique au Bangladesh où une catastrophe naturelle (un typhon)  » a servi de support à une revendication politique.  »

S’appuyant sur le  » fiasco américain en Somalie « , le conférencier a dénoncé aussi la volonté des États de  » médiatiser leurs interventions. Ca conduit à faire n’importe quoi parce qu’on veut faire trop vite.  »

Renvoyant les politiques à leur responsabilité, a conclu en évoquant  » le traitement humanitaire du problème bosniaque. En traitant ainsi le problème qui est spécifiquement politique, l’Europe s’est abaissée !  »

Il arrive en effet un moment où il ne s’agit plus de soigner mais d’empêcher. Ca, l’humanitaire ne peut pas le faire. Seule la politique peut le faire.

Rony BRAUMAN

médecin (spécialisé en pathologie tropicale)

La conférence

Hôtel Mercure Quimper

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