République et corruption

Badinter superstar au Chapeau-Rouge
L’annonce d’une conférence sur le thème  » République et corruption « , donnée par le président du conseil constitutionnel, a provoqué une ruée en masse. Invité de  » La liberté de l’esprit  » « , Robert Badinter a parlé à guichets fermés, jeudi soir au Chapeau-Rouge, devant 700 personnes. Et il a déçu.

Il a fallu refuser du monde. Certaines personnes ont attendu à l’entrée du Chapeau-Rouge l’arrivée de la star :  » On veut moins le voir. On ne sera pas venu pour rien.  » Il ne s’agissait ni de Prince, ni d’Alain Souchon, mais de celui qui a fait abolir la peine de mort en France.  » Il y a neuf ans que je ne parle plus, sauf à mes intimes et mes étudiants « . Les 700 auditeurs présents pouvaient mesurer l’honneur qui leur était fait, calepins sur les genoux et stylos dans les starting-blocks. Robert Badinter a aussitôt douché son auditoire :  » Je suis pour cinq moins encore président du conseil constitutionnel, avec l’obligation impitoyable de ne prendre aucune position publique sur ce qui pourrait faire l’objet d’une loi et sur l’actualité politique « .

Le masque. Déception pour les membres de la  » Liberté de l’esprit « , qui escomptaient davantage de pertinence sur un sujet dont l’actualité permanente. Hélas, Badinter ne pourrait aller  » jusqu’à la fibre saignante « , conscient de décevoir une  » attente corridéenne  » (entendre : digne d’une corrida) allant jusqu’à la mort du  » taureau corruption « .

A fleuret moucheté

Qui eussent aimé que cela saigne, il les a enchantés par une éloquence à fleuret moucheté. Il a d’ailleurs promis de revenir à Quimper  » parler plus sérieusement des choses « .

En guise d’os à ronger, le président a offert une brillante réflexion à voix haute sur la corruption, gangrène des républiques.  » Pourquoi la voit-on davantage aujourd’hui ? Parce que le secret de jadis est mort. A cause de la photocopie « . Corollaire : plus visible, la corruption est de moins en moins supportable. Un  » signe très favorable de santé de la république.  » Même si les démagogues aimes enfourcher ce vieux cheval : les dictatures s’appuient toujours sur l’argument du  » tous pourris « . Démagogues qui font songer au vieil adage :  » Les vieilles catins font les grandes dévotes.  »

La corruption, au niveau des États, conduit à institutionnaliser les caisses noires : elle est  » une loi de la compétition internationale « . On atteint ici la dimension la plus inquiétante du phénomène :  » l’auteur n’a plus le sentiment de corrompre, quand il n’en est pas le bénéficiaire : il le fait pour l’entreprise, le pays, l’emploi, le parti.  » De même que l’orateur reste étonné par le mythe faisandé du gagneur et du battant :  » sauter d’un avion dans un yacht … On ne demande pas par quels moyens.  » En fait (citant Weber), le capitalisme n’est supportable qu’allié à la  » rigueur calviniste « .

Corrompre pour le parti, l’ex-garde des sceaux ne semble pas comprendre :  » Moi qui connu des campagnes de pauvres, je me demande bien à quoi peut-il servir de voir les visages, sympathiques, de Giscard, Mitterrand et Barre, reproduits à l’infini sur des

Inquiétude pour l’Est

En forme d’entracte comique, Badinter enchaîne alors sur un problème de casuistique sur le thème : qui est le plus coupable, le corrupteur ou le corrompu, en s’appuyant sur la jurisprudence de l’Inquisition, à travers le cas du moine sodomite et du moinillon … Au réveillon chez Bob, on ne doit pas s’ennuyer.

Son diagnostic ? Pour la France, la gangrène n’est  » pas irréversible « . Avec quelques serrages de boulons du côté des Sociétés d’économie mixte, collectivités et associations, et la fin du cumul des mandats. Une opération  » mains propres  » comme la souhaite Balladur ?  » La dénonciation conduit à la délation généralisée : ce sont des procédés désespérés.  » Sa plus grande inL’est, pour lesquels il a rédigé des projets de constitution.  » Tout éclate, il y a une mafiosisation générale. Dans la fonction publique, chacun monnaie sa part de pouvoir. C’est une société criminogène. Imagine-t-on une dictature en Russie, où subsistent des centaines de têtes atomiques ? Notre sort se joue là-bas. « 

Robert BADINTER

président du conseil constitutionnel, ancien ministre

La conférence

Hôtel Mercure Quimper

Hôtel Mercure Quimper

21 Bis Avenue de la Gare
29000 Quimper

AVEC LE SOUTIEN DE
TARIFS
  • Prix public : 8 €

  • Adhérents : 6 €

  • Étudiants : gratuit

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