Penser les medias
L’État séducteur soigne son look
» Nous sommes entrés dans la vidéosphère. La technique qui sert de support à l’image-vidéo induit une transformation de nos représentations. Elle bouleverse aussi profondément la politique. » Jeudi soir, au Pavillon, Régis Debray, invité de la » Liberté de l’esprit « , a parlé avec brio de l’image. A aucun moment les 500 auditeurs n’ont éprouvé le besoin de » zapper » !
Après avoir présenté les caractères techniques de l’image magnétique, le conférencier a expliqué le » nouveau monde » (vidéophère) qu’elle crée. » Nous sommes à l’heure d’une image mondialisée qui crée un nouvel espace temps. La transmission immédiate a entraîné une contraction qui fait l’événement et on peut donc » fabriquer » des événements. Une manifestation avec un nombre de participants limité fait » événement » pour peu qu’elle soit télévisée. »
Finie donc l’époque où l’écrivain et le journaliste étaient les médiateurs privilégiés. Cette » promotion de l’immédiat » par l’image en direct a donc amoindri le rôle et la place de la presse écrite.
Zapping
Si l’image nous fait vivre à un autre rythme historique, elle révolutionne aussi le regard sur les faits.
» La télé isole les événements de leur contexte. On a l’effet mais pas la cause. On nous montre les petits Rwandais sans nous expliquer les causes de leur effroyable situation. » Cette décontextualisation est accrue par la technique du zapping, cette » forme d’économie de cueillette » qui permet de picorer des infos en refusant de rentrer dans l’histoire d’un récit.
Télétat
Outil de communication et non d’information, l’image vidéo a aussi changé les règles de la politique.
» La tyrannie de l’intimité générée par la télé touche aussi les hommes politiques. Désormais, gouverner, c’est faire croire, paraître, séduire. L’énonciation, la manière de dire ont plus de poids que le contenu du discours. Tout est affaire de décor. »
Les télé-citoyens voient donc des hommes politiques qui fonctionnent sur le modèle sportif. Adieu la délibération, clef de la démocratie, quand il s’agit de » gagner « .
Autres effets de cette vidéosphère. D’abord, la personnalisation croissante du pouvoir. » Le média-image ne sait pas traiter le collectif ; » Ensuite, l’instauration » d’une tendance bonapartiste « , c’est-à-dire d’une relation directe entre le leader et la masse. » On évacue les instances de représentation. »
Enfin, la recherche de » l’effet d’annonce. La télé vit dans l’urgence. C’est elle qui impose leur agenda aux politiques. L’urgent finit par chasser l’important. L’État culturel prime sur l’&EACUTE ;tat éducatif et humanitaire sur le diplomatie. »
Mais ces effets négatifs de la vidéosphère ne doivent pas nous conduire à un pessimisme radical. » Ce qui échappe à l’image est vaste, conclut Régis Debray. La parole et le texte reviendront parce qu’on en a besoin. Seul le langage peut dire l’utopie. »
Une conviction bien rassurante dont témoignait la présence de ce nombreux public qui s’était libéré de son écran de télé pour écouter une » parole » sur l’image !
Régis DEBRAY
écrivain et médiologue.
Hôtel Mercure Quimper

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29000 Quimper
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