Sur l’imposture d’un certain art moderne
Contre le conformisme du nouveau
L’art contemporain est-il
une imposture ? C’est la question que posa d’emblée sans fioritures
Jean-Philippe Domecq, professeur à Paris, critique d’art et écrivain,
dans une conférence donnée le jeudi 17 mars dans le cadre du programme
de » la liberté de l’esprit « . Il s’est élevé avec vigueur et
intelligence contre une sacralisation de la nouveauté qui rime trop
souvent avec absurdité.
» Sous seul prétexte de la
nouveauté on nous oblige à nous extasier devant n’importe quoi « ,
déclare Jean-Philippe Domecq. «
Toute critique est bannie comme réactionnaire, voir fasciste « . («
Critiquer Warhol, c’était critiquer la nouveauté, déifiée « .)
Domecq en a déjà fait l’expérience maintes fois, notamment lors de la
publication d’un numéro de la revue Esprit consacré à une appréciation
critique de l’art moderne et auquel il avait participé très activement.
Pourtant Jean-Philippe
Domecq persiste à refuser au piège de la non-critique. » Il est invraisemblable que
l’on se taise devant tout ce qui nous est proposé depuis 20 ans. Il
s’agit à présent de faire le tri « .
» Aujourd’hui, on peut constater
une véritable sacralisation de la modernité par la modernité qui révèle
une vision de l’histoire : le XXème siècle a beaucoup cru à la table
rase, à la rupture et à la nouveauté. Cependant, la modernité n’est pas
un programme mais un constat « .
Et les avant-gardes qui se
succèdent de plus en plus rapidement n’arrivent qu’à s’opposer aux
précédentes pour aboutir finalement à un minimalisme nombriliste, à des
objets non artistiques, ni même décoratifs et encore moins utilitaire.
Bref à de simples expérimentations, auxquelles Domecq refuse d’accorder
le statut d’oeuvres d’art. Pour lui, ce ne sont plus que des » objets
spéculatifs « , car ils n’ont de valeur, sinon financière. » La rapidité des cycles
avant-gardistes a fait du marché de l’art un placement sûr contre
l’inflation et rentable à court terme. Les salles d’exposition sont
ainsi devenues des places financières « .
Autre problème pour l’art
contemporain : l’institutionalisation. La politique de l’État culturel
a eu pour effet de créer «
un marché autarcique où des carrières ont pu se faire grâce à l’État « .
Et de citer Buren et Jean Pierre Raynaud.
Galerie, État, artiste,
critique d’art, tous ont pour Jean-Philippe Domecq leur part de
responsabilité dans cette impotence d’un certain art contemporain.
» L’art, c’est donner à voir ce
que nous avons sous les yeux et ne voyons pas (..). Une oeuvre d’art
doit épuiser les commentaires qu’elle provoque. (…). Je refuse de
m’extasier devant des imageries de Marilyn Monroe par Warhol ou devant
des rayures de 8,7 centimètres de Buren « .
Jean-Philippe DOMECQ
écrivain et essayiste
Hôtel Mercure Quimper

Hôtel Mercure Quimper
21 Bis Avenue de la Gare
29000 Quimper
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