L’humanisme en crise
L’humanisme vu par J.-M. Besnier
Une fois de plus, » La liberté de l’esprit » a fait salle comble en invitant le philosophe Jean-Michel Besnier qui, après avoir fait une critique de l’humanisme au cours des temps, en a donné une nouvelle définition pour le XXIè siècle.
L’humanisme : un courant de pensée né en Europe à l’époque de la Renaissance, un renouveau par rapport à la tradition motivée par le souci de s’expliquer avec le présent. Jean-Michel Besnier, invité mardi soir par » La liberté de l’esprit « , cite Montaigne qui » cherche une sagesse pour son temps » et Machiavel » qui se livre à la lecture des anciens pour éclairer le présent, qui cherche une école de courage « . L’humaniste cherche à prendre en charge un destin. Il a la volonté de construire les conditions de son existence. Il consacre l’homme et ses vertus créatrices. Il est optimiste, volontaire, progressiste. Il va de l’avant en assumant le passé.
Critiqué depuis le XIVè siècle
Une définition qui, selon Jean-Michel Besnier, n’a guère de chance de passer auprès des jeunes générations. » Cette définition apparaît archaïque. Elle a d’ailleurs été durement critiquée et cela depuis le XIVè siècle. » Que l’on soit de droite ou de gauche, on refuse » l’hypocrisie de l’humanisme « . Le XXè siècle ne lui fait pas de cadeaux. » L’humanisme : une illusion, une imposture. » On parle alors de l’ère du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud). Celle qui trouve son aboutissement dans la constitution des sciences de l’homme. » Nous sommes des phénomènes égaux à d’autres. L’homme est un objet naturel comme n’importe quel objet que l’on peut analyser, voire manipuler. »
Pour Lévi Strauss, c’est » une bête à abattre « . Un humaniste élargi s’impose où » l’homme admettra d’être intégré dans la nature « . Ceci nous rappelle à l’humilité, nous donne » une leçon de pessimisme : l’homme n’est pas un individu autonome. Le salut est dans la solidarité avec la nature. Si vous êtes capable de tracer une frontière entre l’homme et les autres espèces, vous pourrez le faire à l’intérieur même de l’espèce humaine. »
Retrouver des pensées fortes
L’histoire du XXè siècle, celle qui a révélé la grande fragilité de notre civilisation, les méfaits du progrès, celle qui a fait ressurgir le fatalisme, l’absurde, l’individualisme, a participé à la renaissance d’un humanisme mais différent. » Nous voulons retrouver des pensées fortes qui ouvrent à un devoir être, les sciences ne parvenant plus à dire ce qui est. L’homme a besoin de repères, de retrouver des sources nouvelles de sens. »
L’humanisme pour le XXIè siècle devra être, Jean-Michel Besnier ose le définir, non dogmatique. » il faut prendre le risque de l’indétermination, de la liberté universelle. L’homme doit s’arracher à toutes déterminations qui l’enferment. Il pourra ainsi communiquer avec tous. »
L’humanisme » n’entretiendra pas la bonne conscience. L’inhumain est partie intégrante de l’humain. On ne peut éliminer cette notion d’égoïsme chez l’homme. » Il ne sera pas triomphaliste, ni opposé au monde la technique et aura à résoudre l’éternelle question du vivre ensemble. Cet humanisme, Jean-Michel Besnier le définit comme » tragique. Mais cela peut être mobilisateur. Nos projets humains sont souvent vains mais il ne faut pas renoncer. » Et surtout » éviter l’esthétisation de l’existence et éviter le recours à des formes transcendantes démobilisantes comme l’intégrisme.
Jean-Michel BESNIER
philosophe
Hôtel Mercure Quimper

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