La réforme passionnément, malgré la crise civique
La crise civique, politique et sociale a éclaté au grand jour au premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Elle reste endémique et paralyse les volontés réformatrices.
Un État ankylosé, des pouvoirs politiques coupés de la société civile, des forces sociales marginalisées, des citoyens désemparés : la France semble inapte à la réforme.
Or, notre pays est affronté à des défis majeurs : la domination des marchés financiers, l’exclusion, l’allongement de la durée de vie, la réforme de l’État …
Heureusement, des motifs d’espoir existent : des valeurs rénovatrices – personnalisation, solidarité, proximité – sont à l’œuvre. Des associations, des militants s’attaquent avec courage aux pesanteurs historiques de gauche et de droite. Ils font progresser le changement des mentalités, condition du changement social. Ils portent une exigence de réforme, qui ne fait que croître. Ils la rendront possible.
14 mars 2003
Edmond Maire : « La réforme passionnément ! »
Edmond Maire était, hier soir, l’invité de la Liberté de l’esprit au pôle universitaire Pierre-Jakès Hélias. L’ancien secrétaire général de la CFDT a notamment évoqué l’inaptitude de la France à affronter de grandes réformes qu’il estime nécessaires.
Le thème de votre conférence avait pour nom « La réforme passionnément, malgré la crise civique ». Que voulez-vous dire exactement ? « La France traverse une grave crise civique qui s’est manifestée au soir du premier tour de l’élection présidentielle, le 21 avril dernier. Nos concitoyens apparaissent déboussolés. Leurs repères fondamentaux sont mis à mal, y compris dans la sphère familiale ! La persistance du chômage, la crainte de la mondialisation ; plus globalement le désarroi face à l’avenir, alimente un sentiment d’impuissance et d’incompréhension. Pour sortir de l’impasse, des réformes structurelles sont indispensables. Or, de nombreuses forces politiques et syndicales y mettent un frein ! » Retrospectivement, avez-vous été surpris par le « choc » du 21 avril ? « Non. Les classes moyennes semblent le seul objet d’attention des politiques. Il y a pourtant cinq millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté dans notre pays. Il ne faut pas oublier par ailleurs les quelque six millions d’ouvriers et six millions d’employés d’exécution. Au total, plus de la moitié du corps électoral se sent aujourd’hui exclu. Quand le PS évoque les classes populaires, il s’adresse en réalité aux classes moyennes inférieures ! C’est absurde. » La crise de représentativité dont vous parlez frappe également de plein fouet les grandes centrales syndicales dont les effectifs fondent comme neige au soleil. « Depuis dix ans, la CFDT voit le nombre de ses adhérents augmenter de 5 % par an environ. La CGT commence par ailleurs à réagir, à en juger les débats qui la secouent en interne. FO se contente de multiplier les déclarations publiques pour peser et exister. » Malgré les « pesanteurs » de la société française, vous refusez toutefois de céder au pessimisme. « Trop souvent, on met l’accent sur des évolutions négatives ou ressenties comme telles par les citoyens. Il faut éviter d’idéaliser le passé. Mai 68 a consacré la montée de l’individu. Ce n’était pas une mauvaise chose : chacun ressentait un besoin d’autonomie et de responsabilité. Aujourd’hui, l’individu doit s’associer autour de valeurs précises. L’engagement manque partout. Par incapacité à se réformer, la France est en période de basses eaux. A vouloir sans cesse occulter les problèmes, on ne fait que les aggraver. Il faut sortir de cette spirale.
Edmond MAIRE
ancien secrétaire général de la CFDT
Hôtel Mercure Quimper

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21 Bis Avenue de la Gare
29000 Quimper
L’invité d’Hubert Coudurier : Bernard Poignant
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