Une sagesse pour le temps présent
André Comte-Sponville : « La réponse est oui. »
Une formule de Woddy Allen pourrait définir le matérialisme : » La réponse est oui, mais quelle peut bien être la question ? » Puisque le monde existe, aussi simplement qu’une fleur est parfumée, quelle place reste-t-il pour une vie spirituelle ? André Comte-Sponville, invité par l’association bretonne des professeurs de philosophie de l’enseignement privé, anime cette semaine un stage sur le sujet. Il tient ce soir une conférence au Chapeau-Rouge.
André Comte-Sponville, vous proposez de » philosopher désespérément « . Le désespoir conduirait-il à la sagesse ?
Quand je dis désespérément, je veux dire : avec l’énergie du désespoir. Albert Camus constate : » les hommes meurent et ne sont pas heureux. » Et Blaise Pascal remarque : » Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, si bien que nous disposant toujours à être heureux, nous ne le sommes jamais. » La philosophie apprend à se délivrer de ses espérances pour vivre vraiment.
Pour goûter à la vie, il faudrait donc faire table rase de ses rêves et illusions. Est-ce possible ?
Je suis matérialiste et ne crois donc pas qu’il y ait une autre vie. Désapprenons à espérer. Espérer nous fait oublier de vouloir ce qui dépend de notre volonté. Espérer et vouloir sont contraires : on n’espère que ce qui ne dépend pas de nous. La chose se vérifie dans la vie de tous les jours. Il y a l’amour, la famille rêvée. Et il y a la manière dont cela fonctionne réellement, avec des rapports de force. Si quelqu’un vous dit : » J’aime ma femme, elle est si douce « , c’est que d’évidence, il ne l’aime pas.
Comment passez-vous de cette sagesse individuelle à l’action politique ?
Être un homme politique, c’est pousser un peuple à vouloir. C’est de la sagesse mais en même temps aucune société de sages n’existe, la sagesse n’est pas un programme politique.
Une vie spirituelle est-elle possible sans l’idée de Dieu ?
Les professeurs du privé qui m’invitent à Quimper m’ont posé la question. Il ne faut pas que la » mort de Dieu » selon Nietzsche soit la mort de l’esprit. Il ne faut pas que les églises se vidant, les supermarchés ne les remplacent. Des philosophes grecs comme Épicure ont construit une spiritualité sans Dieu. Les société sont naturellement tirées vers le bas par l’argent et le pouvoir. On a perdu le prêt à penser et le monde est devenu imprévisible depuis l’effondrement du bloc communiste. Dans les entreprises aussi, on a besoin de réfléchir » gratuitement « , sans but immédiat. La réflexion pure est ce qui permet ensuite de comprendre le monde.
André COMTE-SPONVILLE
philosophe
Hôtel Mercure Quimper

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29000 Quimper
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