Faut-il faire mémoire ?

300 personnes environ assistaient jeudi soir au Chapeau-Rouge à la douzième conférence de l’association  » La liberté de l’esprit « . L’orateur, Alfred Grosser, professeur émérite à l’Institut d’Études politiques de Paris, traitait du thème suivant :  » Y a-t-il un savoir de mémoire ? « . En préambule, M. J. Le Goff, rappela à l’assistance que M. Alfred Grosser fut un agent actif de la réconciliation entre l’Allemagne et la France aux lendemains de la deuxième guerre mondiale et annonça le thème de la soirée en déclarant :  » Ce qui menace l’homme, c’est l’oubli. Et l’antidote, c’est la mémoire qui doit être transmise « .

Histoire et mémoire.

En déclinant les différentes conceptions du terme  » mémoire « , le conférencier Alfred Grosser tenait tout d’abord à souligner qu’elle peut être  » multiple « , c’est-à-dire que les même faits n’ont pas toujours la même signification selon le côté où l’on se place et qu’elle peut aussi parfois nous trahir et être ainsi à la source d’erreur. Spécialiste de l’Histoire contemporaine de l’Allemagne, ce pays lui servit de principal exemple pour dénoncer  » les non-lieux de la mémoire qui abondent « .

Qui se souvient que Dachau fut d’abord construit pour les Allemands qui s’opposaient au régime hitlérien et que des milliers d’entre eux y périrent ? Il souligna également l’importance des médias, des manuels scolaires dans la transmission de la mémoire. Lors des procès de Barbie et de Touvier, il regretta notamment le silence de la presse au sujet de la grâce accordée, dès 1963, par le général de Gaulle à deux de leurs chefs dont un général SS. Ceux-ci étaient en effet responsables de crimes encore plus abominables que ceux commis par Barbie et Touvier. Et les crimes de Staline que les communistes ont à un moment niés ?

L’Église catholique n’échappa pas non plus à ses critiques. Il rappela que, pendant des siècles, en Espagne ou au Proche-Orient, l’Islam se montra bien plus tolérant que l’&EACUTE ;glise. L’Inquisition au service de la Reconquista … Les catholiques allemands ne furent pas non plus oubliés. Les camps d’extermination furent érigés sur des terres chrétiennes !

En fait,  » rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Ainsi, la colonisation fut considérée au départ comme quelque chose de merveilleux puis jugée épouvantable dans les années 70. Aujourd’hui, on fait la part des choses en distinguant le positif du négatif.  »

Pour une  » mémoire constructive  »

S’il n’est pas contre le principe des commémorations – Alfred Grosser a d’ailleurs participé à plusieurs – il souhaite, en revanche, ardemment que la mémoire à transmettre repose prioritairement sur une connaissance solide de l’autre, de ses souffrances.  » Ne pas tenir compte de la mémoire d’un groupe, c’est aller au-devant de catastrophes « . Au cours du débat qui suivit son intervention, Alfred Grosser fut interrogé sur la Bosnie et répondit qu’il n’avait pas aujourd’hui de solution.  » Il eût été préférable de se donner les moyens de dissuader l’agresseur dès les débuts du conflit « . Mais la France était, à cette date, victime de sa mémoire car les Serbes étaient alors considérés comme des alliés de la France.  » Aujourd’hui, je suis content de ne pas avoir à décider « , conclut-il. Le public aura retenu que  » l’essentiel, c’est que la mémoire conduise à lutter contre les crimes en train de se commettre « . Cela n’est possible, selon Alfred Grosser, qu’à partir  » de la souffrance de groupes humains auxquels on n’appartient pas « .

Alfred GROSSER

politologue, sociologue et historien français d’origine allemande

La conférence

Hôtel Mercure Quimper

Hôtel Mercure Quimper

21 Bis Avenue de la Gare
29000 Quimper

AVEC LE SOUTIEN DE
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  • Prix public : 8 €

  • Adhérents : 6 €

  • Étudiants : gratuit

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