Les mutations du travail
La triple mutation du travail, de l’emploi et de l’entreprise transforme la société. Il faut apprendre à gérer l’incertitude et définir à quelles conditions sociales celle-ci peut être acceptable.
14 décembre 2002
Liberté de l’esprit : A. Lebaube remet les pendules à l’heure
« Journaliste éditorialiste, fondateur du « Monde des Initiatives », Alain Lebaube donnait, jeudi soir, une conférence sur le thème du travail, au Chapeau-Rouge, dans le cadre de la Liberté de l’esprit.
Le travail, ses mutations, étaient au centre des propos d’Alain Lebaube, qui d’entrée de jeu soulignait nos aveuglements. « Nous faisons de la sémantique : ne parlons plus de travail, mais d’emploi, ce n’est pas la même chose. Arrêtons de penser que nous vivons une crise, alors que le thème approprié est mutations ». « Les Trente glorieuses (45-73) sont derrière nous, malheureusement, nous n’avons pas abandonné nos rêves de plein emploi. Le paradis sur terre c’est fini, aujourd’hui il faut repenser le travail. Né en 1947, le système de protection sociale ne peut plus fonctionner comme à ses débuts en ces temps où le CDI est devenu monnaie courante ».
Repenser, inventer
« Le système de production de masse est mort, l’arrivée des nouvelles technologies, les activités de services sont créatrices d’emploi. La globalisation (au lieu de mondialisation) ne met plus l’individu au coeur du système, imbrique les économies. Désormais, aucun pays ne peut faire la course en tête. La croissance doit rester raisonnable sous peine d’emballer la machine ». « Face à cet état de choses, les syndicats doivent retrouver très vite la parole. Le dialogue social doit s’adapter aux nouvelles règles de l’emploi. Qu’ils soient de droite ou de gauche, les gouvernements sont bien obligés d’inventer de nouveaux systèmes de protection qui concernent tous les individus. La CMU, la prime à l’emploi sont de bons exemples. Il faudra, dans un proche avenir, se préoccuper d’instaurer un « revenu minimum d’existence » (financé par l’impôt ou la collectivité, façon CSG), pour ne laisser personne sur le bord du chemin ».
« Une bombe à retardement »
Une question d’un auditeur donnera l’occasion à Alain Lebaube d’évoquer les retraites : « Un sujet porteur d’une bombe à retardement, le jour on l’on calculera le montant des retraites sur les 25 meilleures années (au lieu des 10 aujourd’hui), il y aura plus qu’un débat ». Mais Alain Lebaube veut rester optimiste, « bien entendu on ne reviendra jamais en arrière, mais il faut remettre en cause la position du CDI, aujourd’hui au coeur du travail, on doit aussi repenser à l’avenir de la valeur travail. Que met-on derrière ce mot, que veut-il encore dire à présent ? »
Spécialiste de l’Afrique, auteur de « Branchements : anthropologie de l’universalité des cultures », Jean-Loup Amselle est convaincu que la théorie de l’uniformisation culturelle – véhiculée haut et fort par les hérauts de l’antimondialisation -, ne résiste pas à l’examen. Dans son exposé, le chercheur balaye d’emblée la notion d’ethnie – un concept « post-colonialiste », souligne-t-il -, qui correspond peu ou prou à un « fantasme ». Amselle rappelle, en outre, exemples historiques à l’appui, que la mondialisation actuelle n’est pas une nouveauté. Elle a été précédée par des phénomènes similaires, « telle l’islamisation de l’Afrique au X e siècle puis sa christianisation au moment de la colonisation européenne ».
« Le démon des origines »
Avec force, Jean-Loup Amselle met en garde contre toute forme de crispation identitaire et souligne qu’il est « vain et dangereux » d’aller à la recherche des origines d’une culture pure. « Non au démon des origines. Toute culture, au départ, est mélangée. Il faut en finir avec ces concepts erronés qui dessinent en creux l’image d’un monde perdu dans lequel les cultures auraient constamment vécu en vase clos ! » Au fil de sa démonstration, Amselle taquine le linguiste Claude Hagège pour lequel « chaque langue serait le support d’une vision du monde particulière ». « Parallèlement à la disparition des idiomes, il y a des phénomènes de production culturels », insiste-t-il. Et les cultures sont sans conteste les maillons d’une même chaîne. « Le groupe sarcellois Bisso Na Bisso a retrouvé ses sources congolaises en se « branchant » sur le rap américain ! » Jean-Loup Amselle revient à plusieurs reprises sur le terme de « branchement ». « Les cultures forment un réseau unique au même titre qu’un tableau de connexions électriques ou informatiques ». Le vrai péril, conclut-il, n’est pas l’uniformisation, mais bien la « durcissement » des identités. « La globalisation contemporaine, bien loin de dissoudre les cultures, contribue à une balkanisation inquiétante. Malgré McDonald et Internet, on assiste à un phénomène de fossilisation ! »
Alain LEBAUBE
anthropologue et ethnologue africaniste
Hôtel Mercure Quimper

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