La France peut-elle sortir du nucléaire ?

Les animateurs de l’association quimpéroise  » La Liberté de l’esprit  » ne pouvaient mieux choisir que Monique Sené pour venir parler, devant un auditoire malheureusement plus réduit qu’à l’accoutumée, de l’énergie nucléaire et de la façon dont la France peut se sortir, en matière de politique énergétique, d’une spirale qui à la fois s’avère coûteuse et dont on n’a jamais pu prouver qu’elle était sans danger.

Physicienne nucléaire, Monique Sené s’est penchée pour le compte du CNRS, 37 ans durant, de 1960 à 1997, au Centre européen de recherche nucléaire de Genève – le fameux CERN où se trouvent les non moins fameux accélérateurs de particules – sur la structure des particules, mais n’a jamais travaillé directement ou indirectement, sur les centrales ou les déchets. Elle connaît donc. Ce qui l’autorise à affirmer des vérités. Elle a accès à l’information. Mais elle est libre.

Convaincue et convaincante, elle préside depuis 25 ans maintenant le GSIEN, Groupement scientifique pour l’information sur l’énergie nucléaire, et fut à ce titre l’une des figues emblématiques de Plogoff.

L’avenir lui a donné raison.

Quand, en décembre 1975, suite à l’Appel des 400 consécutif à l’annoce du programme nucléaire français, qui prévoyait 200 réacteurs pour l’an 200, dont 20 à 40 de type Super Phénix, elle souligna, outre le fait que la population n’avait pas été consultée, qu’il était indispensable, avant de faire le choix du tout nucléaire, de s’assurer de l’approvisionnement en uranium, elle ne se trompait pas. Nous dépendons aujourd’hui totalement de pays étrangers pour nous approvisionner.

Elle soulignait aussi, outre les problèmes pendants de sûreté, celui des déchets pour l’avenir. Il est à ce jour loin d’être résolu.

Quant au nombre de réacteurs, elle avoue aujourd’hui sans fard que  » deux accidents nous ont aidés « . L’incident de Three Miles Island aux USA, qui a démontré qu’une fusion de cœur était possible, et Tchernobyl, qui a montré qu’une installation nucléaire pouvait exploser et contaminer de vastes zones,  » même en France où il n’est pas recommandé de séjourner dans certaines régions ni d’y consommer certains produits « .

Résultat : la France possède actuellement 59 réacteurs, qui produisent 80% de son électricité et 30% de ses besoins énergétiques, et a abandonné Super Phénix. D’où une balance  » pas cohérente. Il y a 10 à 14 réacteurs de trop. On exporte donc, mais on produit aussi des rejets et des déchets, que l’on devrait vendre avec notre électricité. Et l’on ne peut continuer à dépendre à 80% du nucléaire pour produire notre électricité.  »

Elle concède que quelques efforts ont été faits en matière de diversification, avec les énergies renouvelables par exemple, mais  » il y a un décalage entre ce que l’on pourrait faire et ce que l’on fait réellement. Pour mettre en place une politique énergétique cohérente, il faut être volontariste.  »

L’effet essuie-glaces

En matière de sûreté, Monique Sené déplore le manque d’études sérieuses sur les conséquences sur la santé par exemple (15 registres seulement en France) ou sur les effets des rejets, dont on ne connaît pas les rejets, le manque de moyens en matière de prévention et estime  » qu’il est heureux que, en France, on n’ait eu jusqu’à présent que des incidents. Ça marchotte mais, quand quelque chose ne va pas, on voit des avaries plus importantes et on arrête.  » Ce qu’elle appelle  » l’effet essuie-glaces : quand il fait un drôle de bruit et que vous vous arrêtez pour le vérifier, vous vous apercevez que la roue de votre voiture est prête à partir. Alors vous resserrez.. Vous avez échappé à l’accident.  »

 » Tout mettre sur la table  »

Elle ne manque pas d’exemples, aussi terrifiants les uns que les autres, pose des réserves sur la qualité de certains bétons confinant les enceintes ou sur la corrosion du métal des cuves, se permet de dire que  » le nucléaire va relativement vien mais est atteint de plusieurs maux qu’il faut prendre au sérieux  » et que « en matière de coût, il faut tout prendre en compte, y compris celui fénéré par les effets des rejets et les déchets.  »

Sur les rejets, elle est préremptoire :  » Je milite pour le zéro rejet. Il y a trop d’incertitudes sur leurs effets « .

Quant à sortir du nucléaire, si elle y est favorable, elle ne pense pas que ce soit possible d’un seul coup :  » Il faut, dit-elle, avoir le courage de tout poser sur la table, de faire quelque chose de cohérent en tenant compte de nos réels besoins et surtout prendre en charge les déchets. Ce qui durera longtemps. Quand on aura fait ça, on aura tous les éléments du problème. « 

Monique SENÉ

physicienne nucléaire, chercheuse au CNRS

La conférence

Hôtel Mercure Quimper

Hôtel Mercure Quimper

21 Bis Avenue de la Gare
29000 Quimper

AVEC LE SOUTIEN DE
TARIFS
  • Prix public : 8 €

  • Adhérents : 6 €

  • Étudiants : gratuit

En savoir +

L’invité d’Hubert Coudurier : Bernard Poignant

L’ancien maire de Quimper et conseiller de François Hollande Bernard Poignant était le 12 septembre 2019 l’invité d’Hubert Coudurier sur Tébéo. Il y défend notamment le bilan de l’ancien président de la république.

En savoir +

Héritiers de l’avenir : Bernard Poignant

Bernard Poignant revient dans cet entretien du 25 juin 2021 pour la Fondation Jean Jaurès sur son parcours politique.

Leave A Comment

La newsletter de l'association : l'info vient à vous !
Recevez régulièrement par email l'actualité de l'association

* Champ obligatoire

Les informations recueillies à partir de ce formulaire font l'objet d'un traitement par l'association pour répondre à votre demande d'inscription à la lettre électronique de la Liberté de l'esprit. Les destinataires des données sont les membres du Bureau de l'association. Les données collectées sont uniquement destinées à un usage interne et ne sont en aucun cas cédées ou vendues à des tiers. Ces données seront conservées jusqu'à votre désinscription, après quoi elles seront définitivement supprimées. Conformément à la loi n° 78-17 "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez à tout moment pour les données à caractère personnel vous concernant et dans les conditions prévues par la loi, de droits d'accès, de rectification, d'opposition pour des motifs légitimes, à l'effacement de vos données, à la limitation du traitement vous concernant, d'introduire une réclamation auprès de la CNIL ainsi que du droit à communiquer des instructions sur le sort de vos données en cas de décès. Vous pouvez exercer ces droits en vous adressant au Président de l'association "la Liberté de l'esprit" - boîte à lettres n°65, 1 allée Mgr Jean-René Calloc’h, 29000 Quimper. Vous pouvez changer d'avis à tout moment en cliquant sur le lien Se désinscrire situé dans le pied de page de tout e-mail que vous recevez de notre part. Nous traiterons vos informations avec respect. Pour plus d'informations sur nos pratiques de confidentialité, veuillez visiter notre site Web. En cochant la case Je confirme mon inscription à la newsletter de la Liberté de l'esprit, vous acceptez que nous puissions traiter vos informations conformément à ces termes. Pour en savoir plus, consultez vos droits sur le site de la CNIL : www.cnil.fr/fr/les-droits-pour-maitriser-vos-donnees-personnelles.
Sommaire
Lire aussi...