Edmond MAIRE |
La liberté de l'espritconférence n°94 |
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La réforme passionnément, malgré la crise civique |
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La crise civique, politique et sociale a éclaté au grand jour au premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Elle reste endémique et paralyse les volontés réformatrices. Un État ankylosé, des pouvoirs politiques coupés de la société civile, des forces sociales marginalisées, des citoyens désemparés : la France semble inapte à la réforme. Or, notre pays est affronté à des défis majeurs : la domination des marchés financiers, l’exclusion, l’allongement de la durée de vie, la réforme de l’État … Heureusement, des motifs d’espoir existent : des valeurs rénovatrices – personnalisation, solidarité, proximité – sont à l’œuvre. Des associations, des militants s’attaquent avec courage aux pesanteurs historiques de gauche et de droite. Ils font progresser le changement des mentalités, condition du changement social. Ils portent une exigence de réforme, qui ne fait que croître. Ils la rendront possible. Edmond MAIRE a étudié la chimie au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris. A travaillé dans l’industrie chimique de 1949 à 1970. A partir de 1958, il est responsable syndical CFDT dans les industries chimiques. De 1971 à 1988, il occupe le poste de Secrétaire général de la CFDT. De 1989 à 1999, il est Président de VVF (Villages-Vacances-Familles). Depuis 1999, il est le Président de la société d’investissement FRANCE ACTIVE. En outre, Edmond Maire a été membre du Conseil économique et social (de 1969 à 1974) ; vice-président du Conseil national du tourisme et Président de la section des affaires sociales ; également président de l’Association " Vacances ouvertes " (de 1990 à 1999). Publications
Invité de la Liberté de l’esprit, il donne une conférence à Quimper le 13 févrierE. Maire : " Le renouveau du civisme "Edmond Maire, aujourd’hui président de la fondation France Active, animera un débat, le 13 février à Quimper, à l’invitation de la Liberté de l’esprit, sur le thème de " La réforme passionnément, malgré la crise civique". L’ancien patron de la CFDT n’est visiblement pas " rangé des voitures " de la rénovation sociale : il martèle toujours son discours sur la place fondamentale de la négociation paritaire. A la tête de la CFDT de 1971 à 1968, vous avez été à l’origine de son fameux recentrage, poursuivi et amplifié par Nicole Notat. Les louanges que vient de lui dresser Ernest-Antoine Sellière ne vous gênent pas ? Lorsque le patronat et les syndicats ont été marginalisés par le gouvernement Jospin, leurs représentants – et d’abord Nicole Notat et Ernest-Antoine Sellière – ont jugé nécessaire une " refondation sociale " pour retrouver tout leur rôle dans les évolutions sociales et obliger l’état à respecter la société civile. Il est donc légitime que le président du Medef reconnaisse les qualités de Nicole. Bien d’autres personnalités ont salué son parcours. Les retraites … Jusqu’où est-il possible de les réformer ? A qui faut-il demander des efforts et jusqu’où ? Un compromis répartition-capitalisation vous semble-t-il la seule piste à explorer ? Une réforme est urgent car les gouvernements successifs ont piétiné devant l’obstacle, par crainte d’une sanction électorale. Le gouvernement Raffarin a décidé d’agir. Aura-t-il le courage d’aller jusqu’à la réforme profonde qu’appelle l’inquiétude des salariés et des retraités ? La réponse tient à la méthode qu’il choisira. Si la phase d’écoute en cours ne débouche pas sur une négociation mais sur une décision purement politique, après un affrontement droite-gauche, il en résultera des demi-mesures qui n’assureront pas l’avenir. Seule une négociation peut permettre aux acteurs sociaux de prendre leurs responsabilités et de surmonter les obstacles. Et pour éviter le piège des fonds de pension, qui prendraient progressivement le pas sur la répartition, une suggestion : prendre appui sur la loi Fabius, votées par les deux camps, qui a donné du souffle à l’épargne salariale ; et sans la mettre nullement en cause, élargir la liberté de choix des salariés pour qu’à l’issue de leur plan d’épargne salariale ils puissent opter librement soit pour récupérer leur épargne, soit pour la transformer en rente dans des modalités sécurisées, elles-mêmes négociées. Les élections prud’homales ont-elle confirmé une certaine érosion du syndicalisme ? Est-ce la conséquence d’une crise générale du civisme ou bien d’une sanction du monde salarié envers les syndicats ? Les syndicats souffrent de la crise civique. Mais ils réagissent positivement. Ainsi la CFDT accroît le nombre de ses adhérents de 5% par an depuis dix ans. Je souhaite que les autres prennent le même chemin. Et les rapports intersyndicaux s’améliorent. Le dialogue et le respect réciproque deviennent la règle. Je souhaite que les syndicats expriment de plus en plus clairement leurs projets, leurs espérances concrètes, leurs points de convergence. C’est la voie d’une audience accrue, d’un renouveau du syndicalisme. Vous aviez bruyamment critiqué Martine Aubry, lors de sa loi sur les 35 heures, en l’accusant de vouloir " étouffer la société civile ", de " mépriser la négociation collective ". Toujours aussi critique, aujourd’hui, sur sa méthode ? Quel bilan tirez-vous après coup de sa loi (passablement détricotée par Fillon) ? Et de son impact sur la vie quotidienne de l’ensemble des citoyens français ? Les 35 heures sont une pleine réussite quand elles résultent d’une négociation, comme l’avait voulu Gilles de Robien, qui a lancé le processus. D’ailleurs, la RTT, comme l’on dit, fait l’objet d’un véritable engouement, quand elle est acquise dans de bonnes conditions. Le temps libéré a déjà modifié le monde de vie, les horaires, les vacances, la vie familiale, les responsabilités parentales. Mais au lieu de laisser le temps de résoudre les problèmes posés par les 35 heures à certaines entreprises – les hôpitaux par exemple ! – la décision Jospin-Aubry de les généraliser rapidement par la loi est devenue une contrainte, qui a créé des tensions. Et les salariés des petites entreprises sont discriminés, d’autant que François Fillon a stoppé le processus, au lieu de le reprendre sur de meilleures bases. Avec un coût minimal de la solidarité, notre société semble s’être bien habituée à l’exclusion. Qu’en pense le président de France Active ? A France Active, nous agissons pour l’insertion des exclus par leur retour à l’emploi. Nous sommes heureux de permettre à 5 000 d’entre eux, chaque année, de reprendre pied dans la vie professionnelle. Mais c’est un petit îlot dans l’océan de l’exclusion. L’action contre l’exclusion pourrait être décuplée, si elle était vigoureusement appuyée financièrement, ce qui n’est pas le cas. Quoi qu’il en soit, les valeurs de la solidarité et de proximité portées par beaucoup pourraient se concrétiser plus largement par des initiatives locales : et par des engagements personnels, je pense par exemple au manque d’entrepreneurs sociaux. Agir contre l’exclusion, c’est prendre sa part au renouveau du civisme. Recueilli par Christophe Violette,
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