Jean-Loup AMSELLE

La liberté de l'esprit

conférence n°93


mardi 21 janvier 2003

Les identités culturelles face à la mondialisation

Devant la globalisation, pointe la tentation de se référer à une hypothétique " pureté culturelle ", au risque de déboucher sur la barbarie.

Car il n'y a jamais eu de culture close. Jean-Loup Amselle rappelle, exemples historiques à l'appui, que la mondialisation actuelle n'est pas une nouveauté et, à chaque fois, en dépit d'un rapport de forces inégal, les éléments culturels importés n'ont pas balayé tout sur leur passage, mais ont été transformés, interprétés et mêlés aux composants culturels antérieurs.

Contre la thèse de l'homogénéisation des cultures face à la mondialisation, Jean-Loup Amselle défend au contraire l'idée d'un renforcement de ces mêmes identités.

Jean-Loup AMSELLE est Directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales à Paris (Centre d'Etudes Africaines) où il est en charge du programme de Doctorat d'Anthropologie.

Il est également éditeur du " Cahier d'Etudes Africaines ".

Ses principaux sujets d'études sont l'anthropologie historique et politique, l'Afrique, l'ethnicité, l'identité, l'hybridité, le multiculturalisme, l'art contemporain africain.

Ses champs d'investigation sont : le Mali, la Côte d'Ivoire, la Guinée.


Publications de Jean-Loup AMSELLE

  • " Au cœur de l'ethnie " avec E. M'Bokolo,
    Paris, La Découverte, 1985
    Réédition augmentée en livre de poche, 1999
  • " Logiques métisses, Anthropologie de l'identité en Afrique et ailleurs ",
    Paris, Payot, 1990
    Réédition revue et augmentée en 1999
  • " Vers un multiculturalisme français, l'Empire de la coutume ",
    Paris, Aubier, 1996
  • " Branchement, Anthropologie de l'universalité des cultures ",
    Flammarion, 2001


Jean-Loup Amselle contre l’illusion des cultures pures

La mondialisation produirait une uniformisation du monde dans laquelle s’abîmerait la diversité des cultures et des identités. Invité mardi de la Liberté de l’esprit, l’anthropologue Jean-Loup Amselle a réfuté en bloc cette " sinistre " analyse, faisant supposer " qu’il y aurait eu avant des cultures pures, isolées et fermées ".

Spécialiste de l’Afrique, autreur de " Branchements : anthropologie de l’universalité des cultures ", Jean-Loup Amselle est convaincu que la théorie de l’uniformisation culturelle – véhiculée haut et fort par les hérauts de l’antimondialisation – ne résiste pas à l’examen. Dans son exposé, le chercheur balaye d’emblée la notion d’ethnie – un concept " post-colonialiste ", souligne-t-il -, qui correspond peu ou prou à un " fantasme ". Amselle rappelle, en outre, exemples historiques à l’appui, que la mondialisation actuelle n’est pas une nouveauté. Elle a été précédée par des phénomènes similaires, " telle l’islamisation de l’Afrique au Xè siècle puis sa christianisation au moment de la colonisation européenne ".

" Le démon des origines "

Avec force, Jean-Loup Amselle met en garde contre toute forme de crispation identitaire et souligne qu’il est " vain et dangereux " d’aller à la recherche des origines d’une culture pure. " Non au démon des origines. Toute culture, au départ, est mélangée. Il faut en finir avec ces concepts erronés qui dessinent en creux l’image d’un monde perdu dans lequel les cultures auraient constamment vécu en vase clos ! "

Au fil de sa démonstration, Amselle taquine le linguiste Claude Hagège pour lequel " chaque langue serait le support d’une vision du monde particulière ".

" Parallèlement à la disparition des idiomes, il y a des phénomènes de production culturels ", insiste-t-il.

Et les cultures sont sans conteste les maillons d’une même chaîne. " Le groupe sarcellois Bisso na Bisso a retrouvé ses sources congolaises en se " branchant " sur le rap américain ! "

Jean-Loup Amselle revient à plusieurs reprises sur le terme de " branchement ". " Les cultures forment un réseau unique au même titre qu’un tableau de connexions électriques ou informatiques ".

Le vrai péril, conclut-il, n’est pas l’uniformisation, mais bien le " durcissement " des identités. " La globalisation contemporaine, bien loin de dissoudre les cultures, contribue à une balkanisation inquiétante. Malgré McDonald et Internet, on assiste à un phénomène de fossilisation ! "

Gilles CARRIÈRE, du jeudi 23 janvier 2003.


Jean-Loup Amselle invité de la Liberté de l’esprit, mardi au Chapeau-Rouge

Identité culturelles et mondialisation

Jean-Loup Amselle, anthropologue, sera mardi soir au Chapeau-Rouge, l’invité de la Liberté de l’esprit. Sa conférence portera sur le thème " Identité culturelles et mondialisation ".

Spécialiste de l’Afrique, rédacteur en chef des Cahiers d’études africaines, publiées par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jean-Loup Amselle est l’auteur de " Branchements ", il s’y confronte au débat sur la mondialisation et les menaces qu’elle fait peser sur la " diversité culturelle ", pour défendre un point de vue plutôt iconoclaste : en substance, il s’attache à démontrer que les phénomènes de globalisation, au moins partielles, ont toujours existé dans l’histoire humaine ; le modèle français issu des Lumières par exemple, l’islamisation en Afrique Noire. Cela n’est pas forcément perçu de façon négative par l’auteur : l’importation de modèles culturels donnant toujours lieu, selon lui, à des processus de récupération, d’adaptation, qui ont aussi pour effet de renforcer, ou tout au moins de reconstruire, les cultures " locales " selon des modes originaux.

Au-delà d’un plaidoyer pour une vision apaisée de la mondialisation, Jean-Loup Amselle poursuit dans ce livre un travail de fond et contre tous les communautarisme, pouvant déboucher sur des intégrismes avec leurs violences. En effet, précise-t-il, la culture n’a jamais constitué un socle inaltérable, mais au contraire une réalité " fluide " et adaptative.

Jean-Loup Amselle sera à la première conférence de l’année 2003 de la Liberté de l’esprit. Il parlera des identités culturelles et de la mondialisation.

Cette conférence aura lieu mardi 21 et non pas un jeudi comme habituellement. Au Chapeau-Rouge à 20h30.

du 20 janvier 2003.


Une vision apaisée de la mondialisation à la Liberté de l’esprit

" Identités culturelles " par J.-L. Amselle

Ce soir, à la Liberté de l’esprit, Jean-Louis Amselle va aborder un sujet brûlant, puisqu’il s’agit des identités culturelles face à la mondialisation, une inquiétude qui pour lui ne date pas d’aujourd’hui.

C’est d’une façon peu habituelle que Jean-Louis Amselle va aborder un sujet qui souvent pose problème : que deviennent les identités culturelles face à la mondialisation. Pour lui, c’est une inquiétude qui a toujours existé puis qui s’est apaisée. Il constate et rappelle que toutes les cultures sont passées par des phénomènes, plus ou moins étendus, de globalisation. Toutes les civilisations. Toutes les civilisations, toutes les identités culturelles on été confrontées à ce problèmes à un moment ou à un autre. Certaines trop faibles ont disparu dans la nuit des temps, d’autres se sont enrichies au contact de l’étranger, quelque soit la façon dont il " envahit " le pays. C’est à sa force d’implantation dans sa terre et dans son adaptation à de nouvelles situations que l’on voit si une culture est encore bien vivante, mais aussi à la volonté tenace de ceux qui la portent. C’est là que l’ont voit si on peut lui faire confiance pour aborder des temps nouveaux sans crainte qu’elle ne disparaisse.

Jean-Louis Amselle, anthropologue, est directeur d’études à l’école des Hautes Études en sciences sociales à Paris (Centre d’études africaines). Il est en charge du programme de doctorat d’études africaines. Ses principaux sujets d’étude sont l’anthropologie historique et politique, l’Afrique, l’ethnicité, l’identité. Ses champs d’investigation sont le Mali, la Côte d’Ivoire et la Guinée. Il a publié de nombreux ouvrages, les plus récents sont : " Vers un multiculturalisme français, l’Empire de la coutume " chez Aubier en 1996, " Branchements, anthropologie de l’Université des cultures " chez Flammarion, 2001. Il est également rédacteur en chef des Cahiers d’études africaines.

Conférence, ce soir à 20h30 précises au Chapeau-Rouge.

du mardi 21 janvier 2003.

 
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