Philippe ENGELHARD

La liberté de l'esprit

conférence n°85

Jeudi 8 novembre 2001

Les économies criminelles

Un tragique face à face avec Philippe Engelhard

L’économie criminelle et la mondialisation

Dans la salle du Chapeau Rouge, jeudi soir, Philippe Engelhard est particulièrement en verve et devant lui plus de 350 personnes sont tout ouïes pour essayer de comprendre les économies criminelles.

Philippe Engelhard, qui enseigne à l’université du Maine au Mans, est économiste, mais se veut économiste de terrain d’abord. Une longue expérience d’enseignant à Dakar l’a mis en face de la réalité du tiers monde : " A Dakar, il y a cinq incidents majeurs par jour qui peuvent dégénérer en émeute ", c’est de la dynamite et c’est aussi le reflet de ce qui se passe dans le monde entier avec 4 milliards d’humains en dehors de la modernité et 20% des pauvres qui se partagent 1% du revenu mondial : " un milliard d’hommes doivent vivre avec 1 dollar par jour ! ".

En face de cela, il y a l’OMC qui tente d’organiser le marché mondial, un marché avec des réglementations draconiennes adaptées aux plus riches au détriment des plus pauvres qui n’ont aucune chance de s’intégrer à l’économie mondiale. Alors, parallèlement, il y a l’économie informelle, populaire, myriade de petites entreprises rurales, la mondialisation des pauvres et entre ces deux mondes, l’économie mafieuse qui profite de cette réserve énorme d’hommes qui vivent dans le non-droit, des pauvres gonflés par le ressentiment devant l’arrogance des pays riches. Philippe Engelhard a tenté de trouver où la césure s’était faite dans le temps entre des hommes qui, au départ, ont tous le même cerveau. La mondialisation pour lui n’est pas en cause : " Elle a toujours existé " ; c’est plutôt la façon dont elle se déroule, sans tenir compte des violences de l’histoire, des guerres, de la colonisation européenne qui a stoppé l’évolution de plusieurs civilisations, les a humiliées. " Les pays qui ont résisté à la colonisation ont un développement plus rapide, exemple le Japon, la Chine, la Thaïlande ". Il constate aussi que des pays anciennement colonisés où appartenant à un empire effondré, quel qu’il soit, ont gardé l’instinct de révolte et de non respect des lois : " Pas vu, pas pris, société du flou, de la combine, perte de repaires (URSS, Yougoslavie) ".

Le droit, la loi, voilà pour Philippe Engelhard, le nœud du problème et la solution, si il y en a une. Il rappelait ainsi ce que disait Saint Augustin : " La société devient repaires de truands sans les lois " et " Les économies ont besoin d’un droit universel, cosmopolite (Kant) ". Des lois qui réglementeraient le marché en tenant compte des hommes, " Une éthique commune qui atténuerait les effets de l’Histoire même si elle ne les efface pas ". Une écoute des plus pauvres pour accompagner leurs projets, leurs initiatives, les aider à décoller et non pas leur imposer nos propres idées, nos concepts.

Il y a urgence, si non la loi sera imposée par des groupes fanatiques et intolérants.

article paru le 10 novembre 2001 dans

 
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