Philippe BEAUSSANT |
La liberté de l'espritconférence n°79 |
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Orphée, de Monteverdi à Glück |
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Orphée baroque : un mythe passionnantL’association " La Liberté de l’esprit " invitait jeudi soir, le musicologue Philippe Beaussant, pour une conférence autour du mythe d’Orphée, thème utilisé dans de nombreux opéras de l’époque baroque. Considéré comme le spécialiste incontournable du sujet, il a entraîné son auditoire dans un voyage passionnant. On situe la période baroque du début du XVIIè siècle à la fin du XVIIIè. La première grande version d’Orféo a été jouée le 24 février 1607 et composée par Claudio Monteverdi. Une époque où la musique devient " servante de la poésie " selon Philippe Beaussant. Illustrant ses propos de nombreux extraits musicaux, le musicologue évoque le mythe d’Orphée, qui emplie la tête des humanistes italiens de cette époque. La musique en est le support idéal. Orphée est un magicien originaire de Thrace. Il vient donc de l’Antiquité grecque. Par son chant, il sait calmer les hommes les plus furieux et émouvoir les pierres. Le jour des noces avec Eurydice, la belle est mordue par un serpent et meurt. Orphée décide donc d’aller la chercher aux enfers, et obtient de Pluton, l’autorisation de le faire, à condition de ne pas se retourner pendant la remontée sur terre. Voulant la sauver, il se retourne et la perd à jamais. La fin varie selon les versions. Dans son chef-d’œuvre, Monteverdi démontre que la musique est, elle aussi, une magicienne. Second grand " Orphée ", celui de 1647, signé Luigi Rossi, créé à la demande de Mazarin, et à Paris. La révélation de l’opéra italien pour le public français ! C’est avec Jean-Baptiste Lully que naîtra l’opéra français : fidélité au texte et nombreux épisodes dansés. Son fils composa d’ailleurs sa propre version d’Orphée. Selon Beaussant, la version sans doute la plus originale du mythe est celle de Telemann. " Je l’appelle le caméléon. Pour plaire à tout le monde, il écrit les récitatifs en allemand, les airs à danser en Français et les grands airs en italien. C’est un artiste européen ! " A l’avènement du " préromantisme ", la sensibilité du public change. On recherche désormais la spontanéité et l’artifice traditionnel disparaît peu à peu. La rupture se fera avec Glück. Avant de conclure, le conférencier fera entendre un extrait de l’opéra d’Evstignéï Fomine, un Russe contemporain de Mozart. Une œuvre très émouvante, essentiellement parlée.
Avec le baroque, la musique est au service du texteA l’invitation de La Liberté de l’Esprit, Philippe Beaussant est venu communiquer, jeudi soir à la salle du Chapeau-Rouge, son amour pour la musique baroque par l’intermédiaire du mythe d’Orphée. Une conférence passionnante, jamais rébarbative, suivie par une centaine d’auditeurs. " Le baroque : tout un monde ! " Plutôt que de s’égarer en considérations trop générales, Philippe Beaussant s’accorde - conformément au schéma dessiné par La Liberté de l’Esprit -, à analyser les particularités stylistiques de ces 150 années (1600-1750) de la vie musicale ouest-européenne. Par le prisme d’Orphée. C’est par opposition à l’écriture musicale de la Renaissance que naît progressivement la manière baroque. " Jusqu’en 1600, la musique ne s’était jamais souciée de traduire le sens précis du texte. Avec le baroque, la musique est désormais au service du texte ", note " Monsieur Baroque ".
Le genre s’impose d’emblée comme un étonnant créateur de formes, à commencer par l’opéra. " Au cœur de la période néo-platonicienne, le mythe d’Orphée s’impose tout naturellement."
Monteverdi En musicien lucide, homme de la Renaissance et l’époque baroque, Monteverdi exploite intelligemment toute la palette sonore et les tendances esthétiques de son temps. Il s’agit de parler en chantant pour provoquer chez l’auditeur tristesse et gaieté, larmes et rires. " L’art baroque cherche à émouvoir, à susciter les passions humaines ", résume Beaussant. Le 24 février 1607, l’italien présente son Orfeo, " la première œuvre de génie, la démonstration du pouvoir absolu de la musique, une œuvre-clé où la musique s’affirme être la servant de la poésie ". Loin d’être statique, le baroque ne cesse pourtant d’évoluer. " Le deuxième baroque, vers 1650, entre dans ce qu’il y a de plus farfelu, jouant des contrastes entre l’ombre et la lumière, la joie et la tristesse ", analyse Philippe Beaussant. A l’initiative de Mazarin, c’est la grande époque de l’opéra à la française : une exception à l’échelle européenne. " Spectaculaire, un brin ampoulé, il n’hésite pas à incorporer beaucoup de danses ". Et Beaussant de sortir de son chapeau magique un " inédit ", jamais publié sur disque, de Louis de Lully, le fils de Jean-Baptiste. " Son Orfeo fait preuve de noblesse et de grandeur ". Parallèlement, l’Italie manifeste une volonté d’équilibre entre le récitatif et les airs. Un inclassable montre le bout de son nez : Telemann. " Un merveilleux caméléon, estime Philippe Beaussant. Son Orfeus constitue le seul opéra que je connaisse en trois langues : allemand, français et italien ! " Dernière étape de la mutation baroque du XVIIIè siècle. Le ton change, " parce que la sensibilité change ". Avec son " Orfeo ed Euridice ", Glück révolutionne le ton de l’opéra, amorçant la période pré-romantique. Mais il s’agit là d’une toute autre histoire. Gilles CARRIÈRE, |
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