Axel KAHN

La liberté de l'esprit

conférence n°74

Jeudi 13 avril 2000

Clonage et OGM

500 personnes subjuguées

Axel Kahn animait jeudi soir une conférence organisée par " La Liberté de l’Esprit " attirant 500 personnes au Chapeau-Rouge. Le généticien, membre du Comité consultatif national d’éthique, a proposé à son pbulic une réflexion sur les enjeux éthiques de la génétique.

Axel Kahn fait figure de grand sage. Pour preuve, il a attiré à la conférence, par moins de 500 personnes, remplissant ainsi la grande salle du Chapeau-Rouge. Le public, conquis dès les premières minutes, a savouré l’exposé.

Avant de présenter sa réflexion éthique, Axel Kahn prend le temps d’expliquer, ou de rappeler, ce qu’est la génétique. Pas question de noyer le public, profane ou initié, dans une considération de spécialiste.
 

Un personnage pragmatique

Le conférencier, résolument pédagogue, s’exprime très clairement, n’hésitant pas à recourir à des images pertinentes et saupoudrant son discours de charmants sourires. Décidément, c’est un scientifique qu’il est plaisant d’écouter.

Évoquant le projet génome humain, l’homme à la fossette au menton et aux yeux marron vert (selon sa propre description) n’oublie pas de replacer le sujet dans son contexte économique. Ce faisant, il a d’emblée prouvé qu’il ne s’égarait pas dans des considérations scientifico-philosophiques. Le scientifique reste pragmatique, et la réflexion d’autant plus intéressante.
 

La science qui fait peur

Alors finalement ces enjeux éthiques, Monsieur Kahn ?

" La génétique est plus déstabilisatrice dans l’évolution des sociétés. Elle a posé le plus de problèmes et explique l’horrible utilisation des sciences (eugénisme, racisme, ...) ", annonce-t-il en préambule. C’est pour cela qu’il faut être prudent pour " qu’elle ne fournisse pas les armes aux idéologies fortes qui traversent les siècles ".
 

Une position claire

Les laboratoires, publics ou privés, qui décryptent le génome, " le grand livre de la vie " déposent un brevet lorsqu’elles découvrent un gène (les puristes excuseront le raccourci), plus petite entité du génome qui a une signification individuelle. Axel Kahn souligne qu’ " on brevète les gènes pour que quiconque aura à s’en servir pour une recherche (médicale par exemple) paye des royalties et dépende de personnes qui en auront la propriété ".

Le généticien n’a pas hésité à s’élever contre l’appropriation " injustifiée " de l’information génétique, et déplorer la position de l’Europe qui a déjà accepté d’enregistrer des brevets. " Ce qu’on fait de la connaissance dépend du débat délibératif " souligne-t-il.

Sur la question des potentielles dérives eugéniques, le personnage rappelle " que la vie ne se réduit pas aux fènes. Le programme génétique ne dit pas ce que va être la vie, mais peut prédire une susceptibilité à une maladie avant l’apparition des premiers symptômes, voire avant la naissance ". En cela, nous nous retrouvons dans une période qu’Axel Kahn qualifie d’ " entre deux : entre le pouvoir prédire et le pouvoir améliorer le traitement ".
 

Le scientifique responsable

Le généticien a donc créé " un outil d’une extraordinaire puissance qui peut être utilisée pour améliorer ou nuire ". Et le conférencier conclut sur la responsabilité du scientifique à " ne pas être moralement irresponsable ", et son devoir d’assurer un " service après vente ".

 
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