Guy COQ

La liberté de l'esprit

conférence n°73

2000

La démocratie rend-elle l'école impossible ?

Diversifier les modes d’accès à l’élite et développer l’éducation

La démocratie rend-elle l’école impossible ? Pour écouter le philosophe Guy Coq disserter sur cette question et en débattre avec lui, près de 400 personnes s’étaient déplacées, jeudi soir au Chapeau-Rouge. Un débat qui a mis en évidence la nécessité d’un juste compromis au sein de l’école, entre une logique égalitaire et une logique élitaire.

Auteur de " La démocratie rend-elle l’école impossible ? ", Guy Coq, agrégé de philosophie et collaborateur de la revue Esprit, était l’invité de la Liberté de l’esprit, jeudi soir, afin de disserter justement sur le sujet. Ce qu’il a fait devant un parterre de 400 personnes.

Pour lui, l’école est lieu de confrontation de deux logiques : " Une logique égalitaire, fondée sur le grand principe républicain de l'égalité des chances pour tous, visant à établir une justice sociale à travers l’école ; et une logique élitaire. Toutes les positions sociales n’étant pas également enviées, cela génère concurrence, compétition et sélection. "

Or, pour Guy Coq, " La sélection par l’éducation n’est pas injuste en soi, ce qui est injuste, c’est la manière de l’appliquer ! ". Pour le philosophe, il est stupide de nier cette logique élitaire (" car un malade qui nie son mal ne peut guérir "),mais il est nécessaire de reconnaître les filières, et indispensable d’éviter le mono-élitisme en diversifiant les modes d’accès à l’excellence. " Il n’est pas normal que l’accès au moindre concours ne soit possible qu’aux seuls titulaires du bac, ou de tel type de bac, par exemple. "

Un état de fait maintenu par les élites elles-mêmes (" qui ont tendance à créer de l’inégalitaire ", fera remarquer un participant). " Ces élites ne s’ouvrent pas facilement, juge G. Coq. La question est celle de la justice des règles d’accès, il convient d’éviter qu’il n’y ait que des énarques dans les allées du pouvoir, puis que seuls les fils d’énarques deviennent énarques eux-mêmes ", prônant, parallèlement à une parité des sexes, un équilibre entre métiers en politique.
 

Donner du sens

Faisant allusion aux problèmes actuels rencontrés à l’école, Guy Coq averti : " Il faut faire attention à ce que les conséquences de la démocratie ne tuent pas la démocratie. Autrefois, la société avait priorité sur l’individu, aujourd’hui, c’est l’inverse, l’homme démocratique veut avoir le pouvoir de tout décider (par le vote, par exemple), il veut être en quelque sorte, sa propre création. " Et de dénoncer les multiples " consultations " faites auprès des jeunes, pour qu’ils déterminent ce qu’ils veulent qu’on leur enseigne. " l’école, comme la famille n’est pas démocratique, c’est une institution, elle existe au contraire pour générer de l’humanité, de l’éducation, cette dernière n’ayant rien à voir avec une simple suite d’apprentissages de connaissances techniques. "

Il faut, pour le philosophe, pour que l’institution garde auprès de jeunes sa crédibilité, ceux-ci y trouvent du " sens ". Y introduire une morale. " Mais attention, conclut-il, pas dans l’urgence. Il ne s’agit pas de dire : il y a de la violence, donc faisons de la morale. La morale n’est pas le remplacement du père fouettard. "

R. G.,

 
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