Jean-Claude GUILLEBAUD

La liberté de l'esprit

conférence n°72

1999

La démocratie est-elle en voie de disparition face au marché ?

J.-C. Guillebaud : " Je n’accepte pas ! "

Plus de trois cents personnes ont écouté, jeudi soir, Jean-Claude Guillebaud à la prenière conférence du siècle de la Liberté de l’esprit. Il a traité du thème : " Face au marché, la démocratie est-elle en danger ? "

" J’ai cinquante-six ans, je n’ai pas un passé de militant mais je me sens de plus en plus en colère ".

Devant la salle du Chapeau-Rouge bien remplie, le journaliste, écrivain, producteur, et ancien président de Reporters sans frontières, donne tout de suite le ton de sa conférence. Celui de la révolte, des questionnements sur un avenir qui nous échappe plus qu’on ne le croit : " Je ne veux pas accepter de vivre dans une société riche avec 10 millions d ‘exclus, je ne veux pas vivre dans une société où le sacrifice de milliers de familles fait le bonheur des boursiers. On nous présente cela comme une fatalité. Je n’accepte pas qu’on désigne des réalités sur lesquelles je n’ai aucune prise. " Tu n’as qu’à te soumettre ", " Nous n’avons pas le choix ", entend-on chaque jour. On ne nous propose qu’une seule voie praticable et il faut s’adapter. Pourquoi ne supprime-t-on pas Matignon, le ministère des Finances, des Affaires siociales ? Un répondeur automatique suffirait ! "

Et il rappelle que les citoyens se détournent de plus en plus des politiciens, il se réjouit aussi de voir que certains, de plus en plus nombreux, commencent à réagir : " Les citoyens sont de moins en moins jobards : " Le monde n’est pas une marchandise (Seattle), Davos séduit de moins en moins, cette banquise commence à fondre, la société et l’histoire commencent à se mettre en route ".

Note d’espoir dans un discours au fer rouge où Jean-Claude Guillebaud vilipende le pouvoir qui accepte que le marché grignote le terrain de la démocratie, mais s’attaque aussi aux médias passifs et aux journalistes qui parlent d’avenir radieux et tiennent tous le même discours à quelques variantes près : " Le libéralisme est une idéologie qui ne s’avoue jamais comme idéologie mais qui est une désactivation de la fonction critique. Il s’agit d’un totalitarisme d’un genre nouveau ". En concluant, le conférencier ajoute : " Nous n’acceptons pas de laisser le monde à un destin qui ne serait pas humain ".

Le débat a ensuite abordé des problèmes très divers comme la parité : " Donner un coup de pouce, cela en vaut la peine même si ça contrevient aux principes de la République ".

Davos, sujet d’actualité, a été évoqué. Il a qualifié cette rencontre de rendez-vous mondain et de " bunker idéologique ".

Jean-Claude Guillebaud a également conseillé au public de faire comme lui, c’est-à-dire d’aller à la découverte des trésors d’internet où se déploie une vie militante très active qui lui a permis de prévoir les événements de Seattle.

Mais si dans le public, certains désespéraient de cette lutte entre le pot de fer et le pot de terre, lui, gardait une note d’optimisme : " J’ai cette espérance américaine, je crois toujours qu’à la fin, la cavalerie arrivera pour nous sauver ". La démocratie a donc encore une chance de s’en sortir !

On retrouvait dans cette soirée les mêmes ingrédients uu’au débat de l’association " Attac " après le film de Michael Moore, mais énoncés clairement avec une énergie autrement plus convaincante même si, là encore, en sortant de la salle, il nous reste un goût d’inachevé. Que proposer concrètement face au libéralisme conquérant et comment défendre efficacement la démocratie défaillante ? José Bové suffira-t-il ?

Michelle SÉNANT,

 
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