Rony BRAUMAN

La liberté de l'esprit

conférence n°69

Jeudi 3 juin 1999

Un spécialiste :
portrait d'un criminel de guerre

Rony Brauman face au cas Eichmann

Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières et co-réalisateur du film " Un spécialiste : portrait d’un criminel moderne ", sur le procès Eichmann à Jérusalem, était hier soir l’invité de Gros plan et de la Liberté de l’esprit.

Victime d’un empêchement le 7 mai, à l’occasion de la projection (dans le cadre du Forum sur la démocratie) du film qu’il a co-réalisé avec Eyal Sivan, Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, professeur d’université et producteur d’une émission de radio sur France-Culture, était hier soir à Quimper. Répondant à une nouvelle invitation des associations Gros plan et La liberté de l’esprit, il a participé à un débat portant sur le film " Un spécialiste : portrait d’un criminel moderne ", un montage de 2 heures, d’images du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961.
 

Éloge de la désobéissance

L’occasion pour Rony Brauman de rappeler le contexte de l’époque (Ben Gourion veut faire de ce procès une " ressource " de légitimité pour Israël aux yeux du monde) et de redire l’importance à ses yeux d’Hanna Arendt, auteur d’un " rapport sur la banalité du mal " qui a largement inspiré son travail sur le film. Celui-ci montre, en effet, non pas un monstre sanguinaire, mais une sorte d’employé obéissant, un haut fonctionnaire modèle, " quelque chose de massivement présent dans notre société, souligne R. Brauman, le criminel administratif moderne, dont l’arme n’est pas le fusil, mais le stylo et le formulaire. Un homme se retranchant derrière l’instrumentalisation, derrière un ensemble fini de problèmes d’un côté et de solution de l’autre : la pensée instrumentale est une non pensée ", le symbole du mal absolu, selon Hanna Arendh, celui qui voit l’anonymat des bourreaux répondre à celui des victimes.

Rony Brauman confie d’ailleurs que la découverte des thèse d’Hanna Arendt a profondément boulevervé sa propre philosophie : " Dans mon combat, il y a un " avant " et une " après " Arendt, l’humanitaire étant une démarche construite, pas un empilage des gestes techniques ", une allusion au comportement de certaine ONG (Organisation non gouvernementales) dont Brauman compare l’attitude passive lors de certaines " crise ", à celle d’un Eichmann, se retranchant derrière les ordres reçus.

Une position qui a valu à Rony Brauman quelques questions de la salle concernant son " éloge de la désobéissance ", un livre écrit parallèlement à la réalisation du film. " Je n’en ferais pas un programme politique, résume-t-il, mais c’est une petite musique qu’il est bon d’avoir en tête. "

 
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