Yves MICHAUD |
La liberté de l'espritconférence n°67 |
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L'art contemporain |
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L’art contemporain à un tournantYves Michaud, professeur de philosophie à Paris I, critique d’art et ancien directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, a présenté jeudi soir, au Chapeau-Rouge, une très brillante conférence sur la situation de l’art contemporain au tournant du siècle qui s’achève. Un constat plutôt pessimiste.
L’art contemporain, né dans les années 60, a fait l’objet en France de violentes contreverses au début de l’actuelle décennie. A-t-il une valeur ? Les premières interrogations ont paradoxalement vu le jour dans la presse de gauche. " Un numéro hors série de Télérama (en 92) a fait sa " une " sur " Le grand bazar ", assimilant l’art contemporain à un art triste ", a indiqué Yves Michaud. La revue Esprit et l’Événement du Jeudi ont poursuivi dans le même ordre d’idées, rejointes … par une publication de la Nouvelle Droite (Crisis).
Supercherie et herméticité La critique très féroce (" L’art contemporain, un non-art ") a reposé sur deux piliers : l’une soulignant la supercherie de la démarche, " N’importe qui pourrait en faire autant " ; l’autre blâmant l’herméticité de la démarche, " On se moque de la compréhension du spectateur ". " Cette polémique a correspondu au passage d’un monde moderne à un monde post-moderne ", a rajouté le philosophe. " Jusqu’au début des années 70, ont subsisté des réflexes en matière d’art plastique : l’école de Paris, puis de New-York. La mondialisation a tout fait voler en éclat. " Dans ce magma artistique, se sont engouffrés les derniers mouvements radicaux tels que le minimalisme. " Tous remettaient en cause la notion sacrée d’Avant-Garde ". La France 20 ans après Les critiques n’ont pas tardé en Amérique, en Angleterre, comme en Allemagne. A droite et à gauche. Et Michaud de rappeler les réflexion de Harold Rosenberg, un sociologue marxiste américain, " l’artiste est devenu trop grand pour l’art ". Nous sommes alors en 1972. Curieusement, la France reste à l’écart de la polémique. Yves Michaud croit tenir une explication. " L’Hexagone baignait dans l’euphorie du projet du centre Pompidou. Elle a été en quelque sorte immunisée ".
20 ans plus tard, la polémique l’a à son tour submergée. A une époque où " le Grand Art a eu des difficultés de se faire entendre ". Celui-ci s’est progressivement délimité dans ses œuvres collectives selon une logique de production industrielle. " A chacun ses préférences, selon le groupe social auquel on appartient ", a souligné Michaud. " L’art sous toutes ses formes (musique, cinéma, etc …) est passé dans le monde de la consommation. Le recueillement et la contemplation n’étaient plus nécessaires ".
Des intellectuels divisés Les intellectuels tiennent aujourd’hui deux positions : l’une nostalgique (Luc Ferry, notamment), l’autre désabusée, qui rétorque que " tout est nul ". Yves Michaud fait preuve de plus d’ouverture et constate que ces deux attitudes sont les faces d’une même pièce. Il avoue néanmoins être pessimiste quant à l’avenir. En France tout au moins. " Dans notre pays, les artistes sont trop protégés. Le système, vérouillé par une bureaucratie, ne les incite pas à prendre des risques. Plus grave, leur rapport à l’international est nul ".
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