Patrick VIVERET

La liberté de l'esprit

conférence n°59

Jeudi 22 janvier 1998

Civiliser la mondialisation

On peut faire bouder le curseur de l’humanité dans le bon sens

Viveret pour une mondialisation civilisée

La mondialisation, étape d’une logique de l’histoire ou mythe commode pour les gouvernants ? Cauchemar ou possibilité d’avènement d’un des plus vieux rêves de l’humanité ? Jeudi soir au Chapeau Rouge, avec deux cent cinquante personnes réunies pour une conférence de la Liberté de l’Esprit, le politiste Patrick Viveret s’est frotté ajux nouveaux problèmes posés à l’Humanité en cette fin du XXè siècle.

" Wall Street ne connaît que deux sentiments : l’euphorie et la panique ", lance Patrick Viveret, citant un journal américain. Le rédacteur en chef de la revue " Transversales " appelle, lui, à la reconstitution d’espaces d’équilibre et de sérénité afin d’humaniser la mondialisation des économies et des capitaux. " Nous sommes actuellement dans un environnement pathogène. Les bourses mondiales fonctionnent avec des mécanismes émotionnels de dépression. Notre monde en est encore à une étape infantile, sauvage et inhumaine, où dominent la finance et la technique ".
 

Nouvelle citoyenneté

A la recherche des moyens qui permettent à l’humanité de civiliser la mondialisation, Patrick Viveret n’hésite pas à convoquer les valeur du sens et l’amour, valeurs défendues déjà dans l’Histoire par Bouddha Jésus ou Gandhi. " Nous avons encore d’immense progrès à faire dans la qualité émotionnelle et affective. " Il imagine une démocratie bâtie sur un socle de spiritualité, entendue ici au sens large. Une démocratie fondée aussi sur la liberté intellectuelle, un programme de développement économique pour tous, et une sécurité " sociétale ". A l’opposé de la course à la richesse et à la puissance, valeurs qui dominent actuellement le monde des échanges à l’échelle planétaire.

La vraie question est d’arriver à savoir comment faire progresser les humains pour arriver à ce qu’ils fassent la paix entre eux. En effet, l’humanité est actuellement confrontée à un problème inédit. Elle s’est toujours retournée vers l’étranger, vers l’extérieur, pour, en faisant la guerre, exorciser ses propres démons.

Dans le temps planétaire, qui peut être l’ " étranger " de l’humanité ? Plus personne. Il va donc falloir que l’Homme apprenne à traiter avec sa barbarie intérieure. Ce que les philosophies de la sagesse ont appris depuis longtemps à une toute petite partie de l’humanité, il falloir l’étendre à l’humanité tout entière. Rude défi. Pour cela, Viveret en appelle à une " mondialité " qui puisse promouvoir une nouvelle forme de citoyenneté.
 

Réguler l’économie

" Mais comment arriver à promouvoir ces valeurs positives face à des phénomènes qui nous paraissent étranges ou incompréhensibles ? ", interroge une femme dans la salle durant le débat qui a suivi la conférence. Pour Viveret, rien n’est fatal. Les hommes ont plus de moyens d’intervention qu’ils ne le pensent. " C’est un paradoxe, la spéculation mondiale "(150 milliards de dollar en déplacement chaque jour aux quatre coins de la planète) fonctionne en grande partie avec de l’argent " social " (fonds de pension de futurs retraités, mutuelles et assurances). Les populations pourraient très bien aller demander des comptes sur la gestion de cet argent. Pourquoi ne pas taxer les mouvement de capitaux ? Et pourquoi ne pas créer une sorte de Conseil de sécurité économique au niveau mondial ? Un organisme qui organiserait une régulation de l’économie. Ce sont les chiffres qui doivent s’adapter au humains et non les humains qui doivent se réadapter aux chiffres ".

Pour le philosophe politique, les rêveurs ne sont pas ceux qu’on pense. Les vrais réalistes sont ceux qui songent d’abord à faire bouger le curseur de la civilisation dans un sens positif. La mondialisation n’est pas un cauchemar en soi. Il faut en promouvoir une vision et une stratégie positive. Il est permis d’espérer.

Gilles SIMON,

 
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