Gilles JOHANET

La liberté de l'esprit

conférence n°55

Mercredi 10 juin 1997

Comptes et mécomptes de la Sécu

Johanet : " Il faut réformer la sécu "

Gilles Johanet, ancien directeur de la caisse nationale d’assurance maladie, est bien placé pour parler de la crise de la sécurité sociale. C’est ce qu’il a fait sans complaisance mercredi soir devant deux cents personnes.

Gilles Johanet, ancien directeur de la CNAM et actuel secrétaire général de la cour des comptes, n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Le tableau qu’il dresse de la situation actuelle de la sécu est sans complaisance.

Au niveau de l’endettement, le RDS prévoit un remboursement des dettes sur quinze ans. " C’est nouveau. On a accepté le principe que nos enfants seront appelés à payer les prestations d’aujourd’hui. Comment vont-ils faire ? Personne ne le sait ".

Pour ce qui est du financement, 85% des recettes de la sécu viennent des revenus d’activité. " Le système de financement est incompatible avec le mode français de développement économique qui ne crée pas d’emploi et distribue fort peu de pouvoir d’achat, mais assure des gains de productivité. La CGS est juste car elle touche également le capital mais pas rentable car elle ne le touche pas suffisamment ".

Gilles Johanet, on le comprend, ne croit pas à la supériorité du système français de la sécurité sociale. " Notre système est fou, absurde et coûteux. Le taux de rendement de la sécu pour un assuré est aujourd’hui très médiocre. Alors que nous sommes le pays où la cotisation maladie est la plus élevée, nous sommes seulement au 18è rang mondial en terme de taux de remboursement. Les politiques disent qu’il faut dé-rembourser. Pourquoi ? On est déjà très mal remboursé en comparaison de ce que l’on paie. "

La France souffre de problèmes spécifiques : nous ne savons pas comment est dépensé l’argent consacré aux soins (absence de codage), il n’y a pas de coordination des soins (le malade fait librement le tour de l’univers des soins sans médecin de référence), les offreurs de soins sont trop facilement conventionnés, la prise en charge des médicaments est irrationnelle (les médicaments homéopatiques sont mieux remboursés que les appareils dentaires), la gestion de la sécu est éclaté (entre l’État, les caisses et les professions de santé), la politique de santé publique est inexistante ...

Malgré toutes les prévisions optimistes en terme de réduction de déficit formulées par Alain Juppé en 1995 lors de l’annonce de sa réforme, le décalage entre des prévisions et la réalité n’a jamais été aussi important. " Faut-il en conclure à l’échec du plan Juppé ? C’est vite dit. "

Pour Gilles Johanet, le plan Juppé est le premier véritable plan de réforme depuis 1945. Il a plusieurs mérites. Il casse les tabous (" notre système n’est pas le meilleur ") et il entame des réformes nécessaires (il rétablit la compétence du parlement, affirme l’unité de la gestion, réforme l’accès aux soins et ne dé-rembourse pas). Mais il est insuffisant. Il n’y a pas de logique d’ensemble, il ne restructure pas l’excédent massif d’offres de soins et il est dommage que le pouvoir des caisses soit supprimé au profit de l’État sans débat.

" Concernant l’avenir de la sécurité sociale, j’entrevois deux scénarios possibles. Soit l’État impose la réforme, soit il admet que chaque Français puisse avoir le libre choix de son assureur. ", conclut Gilles Johanet.

 
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