Alain FINKIELKRAUT

La liberté de l'esprit

conférence n°52

1997

Penser la communication

Finkielkraut défend l’idée de nation

Alain Finkielkraut a fait salle comble au Chapeau-Rouge mardi soir. 600 personnes sont venues écouter cet intellectuel engagé démonter les travers de la civilisation planétaire, et défendre l’idée de nation. Un discours original ponctué de formules-chocs.

Va-t-on vers une civilisation planétaire ? Pour Alain Finkielkraut la réponse est positive : " La mondialisation n’est pas seulement un slogan, mais une réalité. " Le commerce et les informations à l’échelon mondial nous le rappellent tous les jours. Annah Arendh le disait déjà : " Tous les peuples de la Terre ont un présent commun ". Le monde est libéré de la géographie par le progrès technique, et chaque pays est voisin de tous les autres.

Malgré cette civilisation planétaire, on observe l’émergence d’une multitude d’identités. Après l’ère du choc idéologique de la guerre froide, voici le choc entre les différentes cultures et réligions. " Le drapeau n’est plus le même mais les guerres persistent ", constate Alain Finkielkraut.

Le philosophe dépasse les analyses actuellement en vogue. Il préfère se référer à celle exposée par le ministre du travail de Clinton, Robert Reich. Ce dernier divise la population en trois classes sociales. Alors que le bateau des travailleurs routiniers (les ouvriers) coule, celui des aides personnelles (commerçants, infirmières, agents ...) stagne. Par contre, pour les manipulateurs de symboles cosmopolites (chercheurs, ingénieurs, conseillers …), dont le porte-parole pourrait être Bill Gates, l’avenir est rose.

Une évolution regrettable. Le cosmopolitisme est vécu par cette élite non comme un " souci du monde ", mais comme une jouissance. " Les manipulateurs de symboles sont des individus cosmopolites dotés d’une forme supérieure d’esprit de clocher. Dans cette situation nouvelle où il n’y a plus d’identité nationale, ils n’ont plus aucune des obligations de solidarité que sous-entend la citoyenneté. Bien au contraire, ils s’isolent dans leurs ghettos volontaires, faisant preuve d’un repli identitaire inavoué."

Ces même personnes pratiquent " l’anti-racisme paillette ", exprimant leur dégoût pour un nationalisme qu’ils considèrent comme dépassé. Une idiotie pour Alain Finkielkraut. " L’expérience de mon engagement en ex-yougoslavie m’a montré ce que pouvait avoir de dévastateur le mépris des identités. " pour le philosophe, il faut savoir penser l’enchevêtrement du particulier et des valeurs universelles. Le concept de nation n’est pas dépassé, et permet de se protéger d’un cosmopolitisme qui peut faire preuve de l’esprit de clocher le plus extrême.

Du nationalisme, Alain Finkielkraut veut garder le meilleur : la citoyenneté qui implique le sens de la responsabilité et de la solidarité.

 
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