Jacques LE GOFF (juriste) |
La liberté de l'espritconférence n°50 |
|||
Le travail a-t-il un avenir ? |
||||
Un grand succès pour la 50ème conférence de la Liberté de l'esprit700 personnes pour " l'avenir du travail "La conférence de Jacques Le Goff sur l'avenir du travail a attiré 700 personnes, jeudi soir au Chapeau-Rouge. Un gros succès qui a une dimension symbolique : il s'agit de la cinquantième conférence organisée par la Liberté de l'esprit depuis sa création en 1988 et le conférencier est son ancien président. " La fin du travail est l'un des plus vieux rêves de l'humanité. La foi en la machine libératrice vient du font des âges " , note Jacques Le Goff. Pourtant, alors qu'aujourd'hui le rêve semble proche de s'accomplir, le désarroi, via le chômage, s'empare des esprits : " Notre mode de vie est modelé par le travail. Celui-ci reste le vecteur principal de participation sociale " . D'autres modes de participation ne bénéficient pas de la même reconnaissance sociale. C'est le cas du bénévolat. Autre raison pour laquelle nous demeurons dépendants du travail, nous avons peur du temps libre. " Nous sommes des alcooliques du travail. " Une éducation au temps libéré sera-t-elle nécessaire ? En tous cas, il faudra apprendre à le gérer. On ne peut nier " un risque de discrimination face à un temps libéré. Cette transition sera plus facile pour les gens disposant d'une culture plus importante. " Une meilleure répartition des ressources sera nécessaire. En fait " nous sommes dans une situation inconfortable. La société du non travail ne fait que se profiler. Cet état transitoire peut durer un demi siècle ou un siècle entier ". Mais une chose est sûre : " Il faudra remplacer le travail comme valeur centrale ". A noter que les questions adressées au conférencier lors du débat ont été très nombreuses. Le succès public qui accueillir cette cinquantième conférence, prouve que la Liberté de l'esprit répond à un véritable besoin des Quimpérois.
La " Liberté de l'Esprit " a sûrement un avenir ! 700 personnes à la conférence de Jacques Le Goff ...sur la question : " Le travail a-t-il un avenir ? "
La conférence de Jacques Le Goff, jeudi soir à la salle du Chapeau-Rouge, devait
relever un triple défi : parler d'un sujet tabou qui drainait difficilement 100 personnes
il y a 7 ou 8 ans ; déplacer 700 personnes en plein conflit des ouvriers du Transport,
avec des stations-services affichant partout " épuisé " ; prendre la
suite de Robert Badinter, de Jacques Gaillot, le cyber-évêque ou de Jacques Le
Goff, l'historien. Et pourtant, pari tenu : l'homme du terroir, le professeur de droit à
Brest et Lorient, le fondateur de la " Liberté de l'Esprit " a relevé
tous ces défis. Un succès d'écoute qui est dû au sérieux du
travail de l'équipe d'animation depuis 1988. Et pour la 50è conférence de
la série, ce fut un "coup de maître ", en laissant à Carole,
lycéenne de terminale, le soin de présenter Jacques Le Goff à partir d'un
citation d'Aristote :
" Hier déjà, l'outil - comme aujourd'hui la machine -
pouvait devenir l'ami ou d'adversaire de l'homme dans son travail ".
Un constat évident Les chiffres que le professeur cite parlent d'eux-mêmes : en 1850, le travail représentait pour un ouvrier 180 000 heures d'une vie (70%), en 1900, 121 000 heures (43%), puis en 1980 seulement 77 750 heures (18%) et en 1996 15% en moyenne. Et ce constat est vrai dans tous les domaines de l'activité salariée : dans l'agricole (7% de ... tisation des tâches, les biotechnologies annoncent pour demain une agriculture sans sol, sans récolte et sans paysan ... dans l'industrie aussi, où par exemple chez Fiat à Milan, une machine-outil remplace allégrement 180 ouvriers et plus ... dans le tertiaire enfin, où les guichets automatiques des banques, les caissières à lecture optique ou autres machines à reconnaissance vocale ou visuelle sont à la veille de rendre inutiles les salariés en blouse blanche ... Paradoxes ou questions ne manquent pas d'apparaître dans le discours de J. Le Goff : " Le travail, c'est fini ; mais est-ce une bonne nouvelle ? " ... " Est-ce bien vrai que la machine est libératrice ou " rédemptrice " ? Et de quoi ? ". " Peut-on parler de chance historique quand on récolte d'abord tant de chômage, de marginalisation, de déprime sociale ou de dépression personnelle ? "
Le conférencier analyse ensuite notre " dépendance du travail " dans la
civilisation occidentale.
" Nous sommes dépendant du travail sur le plan
économique, social et culturel. Nous avons peur du temps libre, nous sommes des
drogués ou des alcooliques du travail "
. Sur le plan économique, le travail
représente le salaire et donc la ressource essentielle et les chômeurs qui touchent
moins de 5 000 F par mois nous rappellent ; d'autre part, sur le plan social, le travail est
facteur d'intégration et de structuration dans le système actuel. Et Jacques Le
Goff a raison de nous proposer sa parabole du train :
" Dans un compartiment vous vous
trouvez à 4. Pour lancer la conversation, vous demandez au premier : " Que faites-
vous ? ". Il dit " Je suis à la maison, c'est moi qui fais la " nounou
" et les courses ... dans le dialogue ! Vous demandez au second : " Et vous, que faites-
vous ? ". Il répond : " Je suis chômeur "... et vous n'osez
même pas demander le métier qu'il faisait avant. Vous demandez au 3è : "
Et vous, que faites-vous ? " et il affirme : " Je suis cadre-moyen dans une entreprise agro-
alimentaire " ... et le dialogue s'instaure entre vous sur les conditions de travail, la
modernisation, le plan social de l'entreprise ... Ce dernier est reconnu comme être social
grâce à son travail " ... C'est vrai que notre société
retarde avec soupçon celui qui prend un temps partiel ou celui qui intègre dans
ses activités une part de bénévolat au service d'une association ...
Sur le plan culturel, on assiste au syndrome du retraité avec son angoisse du temps libre.
Quel avenir pour le travail ?
Face à ces constats, Jacques Le Goff esquisse un avenir social difficile à trouver
et un nouvel équilibre long à s'installer :
" Nous sommes dans une situation
inconfortable. La société du non-travail ne fait que se profiler à
l'horizon. Cet état transitoire peut durer un demi siècle ".Une
éducation au temps libre ou au temps libéré est nécessaire car il
faudra remplacer la valeur " travail " par une autre, tout aussi centrale. Il est
concevable de s'émanciper du travail : historiquement, les grecs (et plus tard les
Romains) laissaient le travail à leurs esclaves ... mais est-ce un modèle ?
Économiquement, c'est possible, car cela existait avant le 18è siècle et
beaucoup l'ont retrouvé - tant bien que mal - depuis 20 ans ... Mais est-ce souhaitable
de s'émanciper ainsi du travail ? On peut valoriser l'interaction sociale et se
passionner à ... (en désenchant le travail en quelque sorte !). Des modèles
nordiques - danois ou suédois - existent dans ce domaine, mais sont-ils transposables ?
Pour dépasser le stade de l' " homo faber " ou " homo economicus ",
il faut tenir compte de 3 obstacles dit J. Le Goff :
" La liberté du travail : oui,
à condition qu'il n'y ait pas atomisation sociale à cause des contraintes trop
lourdes sur une liberté d'initiative. Tout cela demande un nouveau contrat social "
.
Jacques Le Goff parle alors plus de la redistribution des emplois et des revenus que de partage
du travail ... Dans le débat qui suivra seront abordées les questions des heures
supplémentaires, du travail au noir ... et avec Paul Valéry, il avoue
" L'avenir n'est plus qu'il était ".
Un débat trop court De nombreuses questions vinrent animer le débat sur la tyrannie abso Sation des charges sociales, sur la redistribution des revenus, sur les nouvelles autoroutes de l'information (internet), sur l'exemple donné par la fonction publique, sur le partage du temps de travail et le travail à temps partiel ... et beaucoup d'autres non évoquées ... Réaliste et partisan de la solidarité, Jacques Le Goff vise un allégement des charges sociales jusqu'à 32 heures/semaine (au-delà, il faut les taxer plus lourdement), il souligne les mérites de la loi Robien, souhaite une régulation sociale et monétaire au plan européen et mondial . ... sinon " le social déstructure le social " , il craint l'espace non partagé et peu solidaire du cyber-village planétaire, il prône la redistribution sage des heures supplémentaires à l'Université comme ailleurs dans la fonction publique ... Il est urgent que dans tous ces domaines naisse une " culture du travail, différente ". Il y faudra beaucoup de temps.
|
||||
| Accueil | Présentation | Le cycle en cours | La prochaine conférence | Les conférences précédentes |