Antoine GARAPON

La liberté de l'esprit

conférence n°49

Jeudi 7 novembre 1996

Justice dans la démocratie

Justice et démocratie : un mariage difficile ?

Jeudi 7 novembre, Antoine Garapon, secrétaire national de l'Institut des hautes études sur la justice, était l'invité de l'association " la liberté de l'esprit ". Sa conférence, titrée " Justice et démocratie ", a attiré plus de deux cents personnes.

On a souvent l'impression, à l'écoute des informations, que les affaires sont plus nombreuses qu'hier. On pourrait en tirer au choix deux conclusions : soit les classes dirigeantes sont plus pourris qu'hier, soit les juges font un excès de zèle.

Pour Antoine Garapon, ces deux solutions sont également fausses, En fait, la recrudescence des affaires est due à une perte d'immunité : " Hier un certain nombre de catégories sociales, dont les politiciens et les patrons, jouissaient d'une sorte d'immunité naturelle. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. "

Quant à l'embrasement disproportionné de certaines affaires, il n'est pas dû au seul fait des juges. Les juges actuels, d'après Antoine Garapon, n'ont rien à voir avec les juges rouges d'antan, et sont peu politisés (le juge Thierry est un cas isolé). Extrêmement légaliste, ils souhaitent appliquer la loi à tous.

En fait, cet embrasement est le fruit de plusieurs activismes : " N'accablons pas trop rapidement les juges. Le parlement a multiplié les lois, les associations peuvent engager des procès et les médias ont fait alliance avec les juges pour se retourner contre les autres pouvoirs ".

Parallèlement à l'augmentation des affaires, on constate une autre évolution : " Dans toutes les démocraties, les questions les plus embarrassantes sont laissées au juge " . L'État a systématiquement recours aux juges dès qu'il se trouve face à un domaine qui pose un problème de société : la bioéthique et l'immigration en sont des illustrations. " La justice est amenée à intervenir dans des domaines qui relèvent du sacré, et à remplir un rôle qui était joué par le religieux ".

" La justice ", affirme Antoine Garapon, " prend une place démesurée dans notre société, car la place est laissée vacante par l'État, ou encore par la détérioration des liens sociaux. " Que faire ? Inventer une société où la politique reprendra la place qui doit être la sienne.

N. B.,


Justice et démocratie

Antoine Garapon, secrétaire national de l'Institut des hautes études sur la justice, était jeudi soir l'invité de la " liberté de l'esprit ". Il a donné une conférence sur le thème " Justice et démocratie " devant environ deux cent personnes.

A quoi est due la forte augmentation apparente du nombre d'affaires portées devant la justice ? Pas à un excès de zèle de la part des juges, d'après Antoine Garapon. " Les juges d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec les juges rouges d'hier. Ils sont extrêmement légalistes et peu politisés. Les institutions sont ébranlées par des juges qui veulent seulement appliquer la loi ".

En fait la recrudescence des affaires est surtout due au fait qu' " hier, un certain nombre de catégories sociales jouissaient d'une sorte d'immunité naturelle. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. "

En outre cette recrudescence est due au fruit de plusieurs activismes. " N'accablons pas trop rapidement les juges. Aujourd'hui, le mécanisme législatif est de plus en plus complexe, les associations peuvent engager des procès et les médias interviennent largement (sur la scène judiciaire) ".

Mais il reste à déterminer la raison profonde de ce changement. La subordination de la justice à l'État n'est plus si évidente du fait notamment de notre intégration dans l'Europe et de la mondialisation de l'économie.

En outre, " dans toute démocratie, on observe que les questions les plus embarrassantes sont laissées au juge " . L'immigration et la bioéthique sont deux illustrations de ce phénomène, parmi d'autres. " La justice remplit un rôle qui était joué par le religieux ".

Notre conception même de la justice a évolué. " Nous considérons de plus en plus que ce qui est juste est ce qui correspond à l'activité du juge : la transparence, un débat contradictoire, les voies de recours, un tiers neurtre, ... Il y a également aujourd'hui une demande de morale et de responsabilité qui passe par la sanction ... "

" La justice " , affirme Antoine Garapon, " prend une place démesurée dans notre société, car la place est laissée vacante par l'État, ou encore par la détérioration des liens sociaux " .

Que faire ? Inventer une nouvelle démocratie où le politique remprendrait la place qui être la sienne. " Jamais la justice ne pourra se substituer au politique ", précise Antoine Garapon.

 
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