Pierre-Gilles DE GENNES |
La liberté de l'espritconférence n°47 |
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L'Éducation à repenser |
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Le prix nobel de physique-chimie Pierre-Gilles De Gennes à Quimper :Humble chercheur et passionnant pédagogueEn venant à Quimper, vendredi 31 mai au soir, le professeur Prix Nobel De Gennes avait un triple handicap : succéder au président de la République dans la capitale de Cornouaille, remplir la salle du Chapeau-Rouge à 800 places, après Mgr Gaillot et Hubert Reeves, et enfin, parler avec simplicité et conviction des " objets fragiles " avec un " larynx " en mauvais état.
C'est avec brio que le professeur du Collège de France a su relever le triple défi
et démontrer, transparents à l'appui, l'hisoire de ses recherches en physique des
solides, en particulier en ce qui concerne la " matière molle ", ce qu'il
appelle dans son livre les " objets fragiles ". Une classe unique de 800
élèves, jeunes et vieux, passionnés et curieux, spécialistes ou
candides, a suivi pendant plus de deux heures notre conteur parlant des grands scientifiques du
passé, notre professeur dissertant de pédagogie et notre expérimentateur
observant ses bulles de savons, ses films d'huile, ou ses nuages de fongicides sur les vignes.
Une soirée qui donnait à penser et à questionner !
Une longue histoire de chercheurs P.G. De Gennes a " rendu à César ce qui est à César ", en parlant de ses illustres prédécesseurs dans cette histoire de la matière molle : Newton, achimiste et physicien, qui expliqua pourquoi les bulles d'eau savonneuse sont colorées ; Thomas Young qui découvrit la nature ondulatoire de la lumière et les hiéroglyphes en même temps que Champollion ; le belge Plateau qui théorisa sur les anneaux et hélices à film d'eau savonneuse de surface minima ; Francklin qui après l'histoire du paratonnerre, expérimenta à Londres sur les films d'huile couvrant une mer calme (le principe des " mers d'huile ! " ; Agnès Pockels qui étudia les tensions superficielles sur les gouttes d'eau ; Caroll qui travailla sur le mouvement des bulles de savons et sur le captage de signaux " parasites " à plus de 600 km ; et enfin Maessens qui à l'aide d'un dispositif simple, observa comment un film liquide à surface minimale peut se " casser " ou se " rétracter " sous l'effet d'une étincelle électrique.
La physique dure de la matière et des particules trouvait ainsi un complément peu
enseigné en secondaire et relativement nouveau pour les auditeurs ...
" Je ne
pensais pas qu'on puisse faire une physique-chimie de la matière molle "
avouait un
physicien en herbe après l'exposé du professeur.
Un Prix Nobel mérité et utile
A l'issue du brillant exposé de P.G. De Gennes, un participant osait encore poser la
question
" Mais pourquoi étudier les bulles d'eau savonneuse ? A quoi cela peut bien
servir ? "
La preuve que la " science expérimentale des objets fragiles "
restait encore étrange pour certains. Le conférencier n'eut pas de mal à
redire toutes les applications de la théorie au domaine biomédical, à la
sidérurgie, à l'optique, à l'électronique, à l'informatique.
Il rappela aussi une loi connue en information : celle du retard des médias sur la
recherche de l'économie sur la découverte et de la pédagogie sur
l'avancée scientifique ... Il redit d'une manière simplifiée et humble
pourquoi il a reçu le prix Nobel en 1991 pour des travaux qui semblent amusants, mais qui
en réalité sont très complexes. Enfin, il expliqua tout ce qui a
été fait par son équipe depuis 1991 : le démouillage des surfaces
hydrophobes comme les films de polyéthane, la solution des problèmes d'aquaplaning
des voitures sur route mouillée, l'existence des " moutons blancs " dans les impressions off-set en quadrichromie, et tout récemment le traitement par nuages et brouillard fongicide des vignes dont les grains cireux et les feuilles sont hydrophobes … En dehors de la riche information reçue, l'intérêt évident d'une conférence de P.G. De Dennes, c'est de constater qu'avec un minimum de matériel simple et un sens aigu de l'observation, on peut encore aujourd'hui devenir Prix Nobel, sans forcément faire appel à une technologie de pointe, coûteuse et sophistiquée.
Vers une pédagogie nouvelle Fidèle à sa longue expérience de conférencier - pour les élèves du secondaire, les étudiants ou le grand public - P.G. De Gennes s'est efforcé de donner quelques lois pédagogiques utiles et simples. " On peut faire des expériences simples avec du matériel simple, à tous les niveaux ... On doit privilégier au maximum l'esprit d'observation et faire des leçons de chose ... Il n'est pas nécessaire de donner trop de principes à priori - comme on le fait souvent en mathématiques, physique, chimie ou biologie ... Il faut créer un équilibre entre le goût du travail bien fait et une versatillité positive de l'esprit et de l'expérience ... Il importe d'apprendre à décider par soi-même, avec bon sens, et loin des abstractions ... Il est urgent de désenclaver l'école, le lycée et la Fac pour les élèves et pour les profs, par des stages en entreprise, par une culture manuelle et physique, par la création de l'année sabbatique ... C'est dommage dans l'éducation nationale de donner les " mauvaises classes " aux professeurs débutants ... Il ne fallait pas utiliser les maths comme instrument de sélection. Les maths, c'est une très belle science. Il faut les faire par plaisir ! Hélas, ce n'est pas toujours le cas ! " Ainsi, comme autrefois Euclide ou Pascal retrouvaient simplement les axiomes de bases, P.G. De Gennes, un soir de mai à Quimper, a retracé simplement le visage humain d'une pédagogie pour l'an 2000. Du très grand Nobel à la pointe de la Bretagne ! Jean PÉRON, |
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