Jean DANIEL |
La liberté de l'espritconférence n°46 |
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La Nation : vestige ou idée d'avenir ? |
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La nation vue par Jean DanielJean Daniel, invité de la Liberté de l'Esprit, a capté jeudi soir l'attention de son auditoire, plus de 350 personnes, présentes pour écouter l'écrivain, le journaliste, directeur du Nouvel Observateur. Avec le thème de la nation, on entrait dans le vif de l'actualité politique. D'emblée, Jean Daniel en éclairait les enjeux. Plus encore, il présentait la question nationale comme un des problèmes majeurs de cette fin de siècle. La question est en effet brûlante face à la montée des nationalismes, au danger de l'intégrisme, à l'oppression des minorités, aux nouvelles guerres de religion ...
Avec l'écroulement des empires, les nations se réveillent et, avec elles, le risque
d'une dérive, celui du nationalisme. Les nations résistent par peur d'être
dissoutes, anéanties dans une totalité, un ensemble qui les dépasseraient
en les niant. La question est alors de savoir comment concilier les aspirations nationales
légitimes tout en protégeant les minorités.
L'enracinement de l'individu Car la nation signifie d'abord l'unité, la vie en commun des hommes ainsi réunis. Vivre ensemble, parler la même langue, participer à une même histoire ... font d'un peuple une nation. L'appartenance à une nation enracine l'individu et le sentiment national est alors naturel. Pourtant le nationalisme risque toujours d'émerger alors même que, paradoxalement, ce sentiment national s'affaiblit. Le sentiment national est le signe d'une cohésion. Or l'individu, déconnecté de la nation, ne vit plus en phase : c'est l'homme moderne déraciné. L'homme moderne, avec la perte du sentiment communautaire, est à la recherche d'un cadre. En revanche, le nationalisme est l'exaltation outrancière d'un sentiment national, " une préférence aveugle ", une manifestation de l'ambition nationale. L'histoire nous l'a montré, il a pris la forme de colonialisme, nationalisme dominateur, sous prétexte de mission civilisatrice tout comme celle évangélisatrice. Il a donné lieu au nationalisme réactionnaire de défense d'une nation opprimée. Avec la décolonisation, la chute des empires, l'égalité des nations est enfin reconnue, aujourd'hui 181 nations unies.
Reste que l'individu ne se reconnaît pas toujours, au sein d'une nation ou n'est pas
reconnu. Les problèmes que soulèvent l'émigration en France par exemple
sont significatifs. A l'heur où on constate dans les sondages que plus d'un
Français sur quatre est d'accord avec les idées du Front National, il y a de quoi
s'inquiéter.
La lucidité d'un homme Jean Daniel est lucide. Il voit la réalité en face. On ne saurait corriger les effets sans agir sur les causes. Or le chômage, l'insécurité, " le fantasme des flux migratoires " ne disparaîtont pas dans les années à venir. Mais il reste la volonté, l'imagination, la possibilité " dans une action de terrain, de désintoxiquer les citoyens " . Jean Daniel reste optimiste. La démocratie reste le meilleur rempart. " Il faut se doter d'institutions, de symboles ". L'école reste le lieu de l'apprentissage de la citoyenneté, là où on apprend à vivre ensemble. Vivre ensemble dans l'Europe de demain, sans perte d'identité, pour des nations ainsi réunies, sera le pari du siècle à venir. Sans doute faudra-t-il trouver une langue commune ... " Nous somme comme ces bâtisseurs de cathédrales. Nous commençons à bâtir l'Europe, cette immense idée, mais nous n'en verrons pas la fin. Pourtant nous savons que cela sera. " NB. - " Voyage au bout de la Nation " est le titre de l'ouvrage de Jean Daniel, paru récemment aux Éditions du Seuil. Vient de paraître : " Dieu est-il fanatique ? " aux éditions Arléa.
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