Paul RICOEUR |
La liberté de l'espritconférence n°43 |
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Qu'est-ce que le juste ? |
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La justice pénaleLe public quimpérois a eu le privilège de rencontrer Paul Ricoeur qui est, sans conteste, l'un des plus grands philosophes contemporains. Son dernier livre, "Le juste " connaît actuellement un succès considérable. " Qu'est-ce qu'être juste ? " Telle est la redoutable question que le philosophe Paul Ricoeur a traitée, jeudi soir, devant cinq cent cinquante auditeurs. Invité par " La Liberté de l'esprit ", a expliqué avec brio que la justice pénale rompait avec " l'esprit de vengeance " en transposant les conflits " du domaine de la violence dans celui de la parole ". " La justice pénale est au coeur même du système judiciaire, affirme Paul Ricoeur. Elle est axée sur la recherche de la " juste distance " et sur la volonté de conserver au criminel son statut de sujet de droit ". Pour trouver cette " juste distance " (entre le criminel et la victime, par exemple), l'institution judiciaire dispose d'un ensemble de moyens spécifiques. " Le procès en tant que procédure de la prise de décision instaure un débat et une mise en scène ". Dans cettre procédure qui est " une lutte de paroles ", séparée de la conversation quotidienne, l'impartialité de la loi écrite est, en droit, le garant d'une sentence juste. " Cependant, poursuit Paul Ricoeur, l'argumentation juridique est parfois imparfaite. Les juges sont parfois condamnés à interprèter une loi générale pour l'appliquer ou l'ajuster à un cas particulier, notamment lorsqu'il est inédit (affaire du sang contaminé, par exemple). Si la sentence constitue le terme de ce débat et " met fin à une incertitude ", elle est aussi un acte qui inaugure le " processus de réhabilitation du coupable ". Paul Ricoeur défend alors avec conviction la nécessité, pour une société digne de ce nom, de " traiter le criminel comme être raisonnable ". Certes, il y a des crimes odieux mais " une société se juge sur la façon dont elle traite les condamnés et notamment les détenus ". La peine qu'on leur inflige n'a de sens que si elle les aide à " reconquérir l'estime d'eux-mêmes ". " L'incarcération, ajoute le philosophe, va à l'encontre de cette utopie nécessaire d'une justice raisonnable ", parce que prison rime trop souvent avec corruption. Plaidant pour la " continuité de l'espace public ", il estime que " la prison est un lieu hors-cité qui signifie l'échec de notre société ". Cette réflexion sur la justice pénale s'enracine, on le devine, sur une éthique fondée sur la reconnaissance de la dignité de toute personne. Elle débouche sur une conception du politique conçue comme garant d'une paix sociale interdisant le désir de vengeance et de haine. Jean-Yves BOUDÉHEN, |
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