Alain-Gérard SLAMA

La liberté de l'esprit

conférence n°34

1994

Peut-on être libéral aujourd'hui ?

Libéralisme : tolérance et déontologie

La société face aux juges, le contrôle des élus, la loi et le droit, la vie privée des citoyens, autant de questions qui ont été exposées par Alain-Gérard Slama, jeudi soir, salle du Chapeau-Rouge, sous le titre : qu'est-ce que le libéralisme ?

Alain-Gérard Slama, journaliste au " Figaro " et au " Point " et professeur à l'Institut politique de Paris, a fait du libéralisme son centre d'intérêt. Cependant, il ne se fait pas d'illusion sur son combat car, dit-il " C'est lorsqu'on essaie de faire quelque chose que c'est perdu d'avance. " Pourtant, il ne mâche pas ses mots et s'inquiète de la dérive de notre société.
 

La justice et les justiciables

Il s'en prend surtout à la justice qui fait qu'actuellement, même les gens honnêtes finissent par avoir des problèmes. Il s'étonne des dispositifs que prennent les juges contre la corruption des élus qui sont considéré comme des citoyens pas comme les autres. On va systématiquement les surveiller, même s'il n'y a pas de plainte contre eux ; alors, ces derniers courent au devant pour jouer la carte de la transparence. Le libéral dit que ces contrôles ne sont pas choses normes ; c'est une épée de Damoclès pendue en permanence au-dessus de la tête des élus. " Et puis d'abord, ajoute A.-G. Slama, au nom de quoi les juges peuvent-ils choisir leurs justiciables ? " Il faut renouer avec la tolérance et la déontologie. Qui peut dire aujourd'hui qu'il est en conformité totale avec la loi ?

Au lieu d'entrer de plus en plus dans un monde où la discussion n'est plus possible, la tolérance peut apporter une marge de sécurité.
 

L'indépendance de la vie privée

C'est le grand libéral que fut Benjamin Constant qui a essayé, dès le début du XIXè siècle, de préserver l'indépendance de la vie privée. Pour lui, la loi n'avait pas à s'occuper des vies privées car il faut rester à l'abri des tutelles. L'État veut s'occuper de plus en plus de choses, le pouvoir des juges va s'exercer sans contre-pouvoir, les lois vont devenir envahissantes et le citoyen va être complètement infantilisé. La République a le tort de trop respecter la loi, alors que nos voisins anglo-saxons respectent le droit qui permet au contre-pouvoir de s'exprimer. De plus, toutes les lois ne sont pas forcément bonnes et les lois inutiles ne font qu'affaiblir les lois nécessaires.

En fin de conférence, Alain-Gérard Slama citera à plusieurs reprises Tocqueville qui fut, à ses yeux, le représentant le plus intelligent du libéralisme en politique. C'est lui qui a plaidé le premier en faveur de la décentralisation administrative afin de développer les libertés locales. Pour lui, une société libre, c'est celle qui sait répartir équitablement la politique, l'économique, le social et la religion.

 
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